
Au Liban, le cessez-le-feu vole en éclats sous les frappes israéliennes et les drones du Hezbollah
La trêve signée le 17 avril entre Israël et le Hezbollah n’a jamais réellement tenu. Alors que l’armée israélienne ordonne l’évacuation de onze villages du Sud-Liban et que ses frappes aériennes ont tué au moins sept civils en une seule journée, le parti chiite libanais riposte avec une arme devenue emblématique de cette guerre d’usure : les drones kamikazes FPV, bon marché et difficiles à intercepter. Ces engins, directement inspirés du conflit ukrainien selon l’analyse de nombreux observateurs européens, infligent des pertes sensibles aux troupes israéliennes et contraignent celles-ci à adopter des mesures défensives inédites, comme l’installation de filets métalliques au-dessus des chars. La reconnaissance israélienne du problème est explicite : le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé un projet spécial de contre-drones, tout en admettant que sa mise en œuvre prendra du temps.
Sur le plan diplomatique, les États-Unis tentent de capitaliser sur une brèche inédite. Les négociations directes entre le Liban et Israël, entamées en avril, constituent une première depuis des décennies. Washington pousse pour un sommet à Washington entre le président libanais Joseph Aoun et Netanyahou, espérant ainsi sceller un retrait israélien et un programme d’aide humanitaire. Mais cette initiative se heurte à un mur : le Hezbollah, par la voix de son député Hassan Fadlallah, promet de « faire échouer tous les objectifs de ces négociations ». La formation pro-iranienne, bien qu’affaiblie par des pertes militaires lourdes – plusieurs milliers de combattants tués, selon des estimations internes –, refuse de se laisser marginaliser. Elle voit dans son alliance avec Téhéran un moyen de peser sur les négociations américano-iraniennes, estimant que l’Iran peut imposer un cessez-le-feu plus favorable que l’accord actuel.
La société libanaise paie un lourd tribut. Des images satellite, relayées par la presse américaine, montrent que vingt localités du Sud ont été rasées par les opérations de démolition israéliennes. Les infrastructures civiles – écoles, hôpitaux, réseaux d’eau – sont systématiquement ciblées. Selon les autorités libanaises, plus de 2 600 personnes ont été tuées depuis le début des hostilités. Au Canada, le quotidien Le Devoir souligne que ces dévastations surviennent « malgré le cessez-le-feu », tandis qu’en France, Le Figaro et France 24 s’interrogent sur l’efficacité d’une trêve que chaque camp viole quotidiennement. Les équipes médicales, notamment celles liées au Hezbollah, ont été prises pour cible, en violation des conventions de Genève.
Au-delà du bilan humain, la dimension géopolitique du conflit échappe désormais au seul périmètre libano-israélien. En s’alignant sur l’Iran dans sa confrontation avec les États-Unis, le Hezbollah fait de son territoire un champ de bataille par procuration. La perspective d’une extension des frappes israéliennes à la banlieue de Beyrouth, évoquée par des médias hébreux, ne fait que renforcer l’inquiétude des chancelleries européennes. L’Allemagne, par la voix de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, met en garde contre une escalade incontrôlable. La trêve n’est plus qu’un mot : chaque jour qui passe enterre un peu plus les chances d’une paix durable au Sud-Liban.
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