
Au Mali, l’effondrement du mythe russe face à l’offensive djihadiste et séparatiste
La chute de Kidal, le 25 avril, sous l’effet conjugué des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et des rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA), marque un tournant décisif dans la guerre du Sahel. Pour la junte malienne, arrivée au pouvoir en 2020 et 2021 en promettant la sécurité, ce revers est un camouflet dont les conséquences se mesurent déjà à Bamako, où le ministre de la Défense, Sadio Camara, formé en Russie, a été tué dans un attentat suicide. Mais au-delà des pertes humaines, c’est l’image de Moscou comme garant de la stabilité africaine qui s’effondre, trois ans après que ses mercenaires triomphants aidaient l’armée malienne à reprendre pied dans le nord.
Aujourd’hui, les 2500 à 3500 paramilitaires russes de l’Africa Corps, contraints de négocier leur retrait de Kidal sous la médiation algérienne, révèlent une incapacité criante à protéger leurs alliés. Pour le Kremlin, cette série noire s’inscrit dans une séquence plus large, de la Syrie au Venezuela, où la fiabilité du soutien russe est désormais ouvertement remise en question. Du côté de Rabat, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a dénoncé une « connivence claire entre séparatisme et terrorisme », tout en réitérant le soutien du Maroc à l’unité nationale malienne, rappelant que la stabilité du Sahel est « fondamentale » pour la région.
Cette position, exprimée lors d’une conférence de presse conjointe avec le sous-secrétaire d’État américain Christopher Landau, souligne l’inquiétude des capitales maghrébines face à un conflit qui menace désormais d’asphyxier Bamako, partiellement bloquée par les djihadistes. Sur la route Bamako-Kéniéba, des milliers de civils sont pris au piège, tandis que l’armée malienne, affaiblie, semble incapable de garantir la libre circulation. L’offensive coordonnée, qui a uni des groupes aux agendas pourtant antagonistes, révèle un vide sécuritaire que ni la junte ni ses alliés russes ne parviennent à combler.
À Paris comme dans les chancelleries européennes, on observe avec inquiétude ce nouveau front, qui pourrait déstabiliser l’ensemble de la sous-région si une réponse régionale, impliquant notamment la Cédéao et l’Union africaine, ne se matérialise pas rapidement. L’avenir immédiat du Mali se joue sur un double effondrement : celui d’un État déjà fragile, et celui d’une puissance extérieure qui avait fait de l’Afrique son théâtre de reconquête stratégique.
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