
Bavaria sous le coup d’un nouveau pliego de cargos pour entrave à la concurrence en Colombie
La Superintendance de l’Industrie et du Commerce (SIC) colombienne a formulé, début juin 2026, un pliego de cargos à l’encontre du brasseur Bavaria, filiale du groupe AB InBev, pour violation présumée des engagements qu’elle avait souscrits en 2022 afin de clore une précédente enquête pour pratiques anticoncurrentielles. Cette nouvelle procédure, rendue publique par la résolution n° 41359, accuse l’entreprise d’avoir maintenu ou instauré des clauses d’exclusivité non déclarées, des relations préférentielles prohibées et des pénalités liées à l’usage d’équipements frigorifiques, autant de mesures qui auraient entravé l’accès ou l’expansion de ses concurrents sur le marché de la bière. Si ces faits sont établis, Bavaria s’expose à une amende pouvant atteindre 100 000 salaires minima légaux, soit plusieurs millions de dollars.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte latino-américain où les autorités de la concurrence multiplient les actions contre les positions dominantes dans les secteurs agroalimentaires. Au Brésil, le Cade a récemment sanctionné des pratiques similaires dans le secteur brassicole, tandis qu’au Mexique, la Cofece enquête sur des abus de puissance économique. La décision colombienne intervient alors que le marché de la bière connaît une effervescence portée par l’essor des microbrasseries et des marques artisanales, qui peinent à rivaliser avec les réseaux de distribution verrouillés par les grands groupes. Pour les observateurs européens, cette affaire rappelle les démêlés d’AB InBev avec la Commission européenne, qui lui avait infligé une amende de 200 millions d’euros en 2019 pour entraves à la concurrence transfrontalière.
La SIC avait suspendu son enquête initiale en 2022 après que Bavaria se fut engagée à modifier ses pratiques commerciales. Or, selon les informations recueillies par le régulateur, l’entreprise n’aurait pas respecté ces promesses, poursuivant une stratégie visant à verrouiller les points de vente par des contrats d’exclusivité disproportionnés. Cette situation priverait les consommateurs colombiens d’un plus large choix et d’une plus grande diversité de produits, comme le soulignent les associations de défense des consommateurs. Du côté de la francophonie, l’exemple colombien pourrait inspirer les autorités de la concurrence en Afrique de l’Ouest, où les filiales d’AB InBev et de Heineken dominent le marché, ou encore au Canada, où le Bureau de la concurrence surveille de près les pratiques des grands brasseurs.
L’issue de cette procédure pourrait redessiner les équilibres concurrentiels en Colombie et au-delà. Si Bavaria est sanctionnée, cela enverrait un signal fort aux multinationales du secteur, les incitant à revoir leurs clauses contractuelles. À l’inverse, un non-lieu conforterait la position dominante du groupe et pourrait décourager les nouveaux entrants. Dans un marché mondial où la concentration s’accélère, la décision de la SIC sera scrutée par les régulateurs des pays émergents, en quête de modèles pour encadrer les pratiques des géants de l’agroalimentaire.
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