
Venise déchirée : la Biennale d’art sous le choc des géopolitiques
L’édition 2025 de la Biennale de Venise s’ouvre dans une atmosphère inédite de révolte, marquée par la défection du jury, des boycotts de pavillons et des protestations.
L’ouverture de la 61e Biennale de Venise, samedi 9 mai, a été éclipsée par une onde de choc géopolitique sans précédent. Dès la pré-ouverture, la décision des organisateurs de réadmettre la Russie, absente depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, a déclenché une cascade de protestations qui a rapidement englouti l’événement. La présence simultanée d’Israël, accusé par plusieurs instances internationales de crimes de guerre à Gaza, a achevé de polariser l’atmosphère dans les Giardini et l’Arsenale, transformant la plus prestigieuse vitrine de l’art contemporain en un champ de bataille symbolique. La ministre ukrainienne de la Culture, Tetiana Berejna, a résumé le sentiment de nombreux participants en comparant l’invitation de la Russie à celle d’un « tueur en série à un dîner entre amis ».
Cette colère a pris une forme institutionnelle inédite. Le jury international, composé de cinq membres sous la présidence de Solange Farkas, a présenté sa démission collective le 30 avril, refusant d’attribuer des prix à des nations dont les dirigeants font l’objet d’enquêtes de la Cour pénale internationale. Privée de son autorité délibérative, la Biennale a dû, pour la première fois de son histoire, confier la sélection des lauréats à un vote du public. Parallèlement, plus de soixante-dix artistes — parmi lesquels des figures majeures comme Laurie Anderson, Alfredo Jaar ou Zoe Leonard — ont retiré leurs œuvres de la compétition, tandis que les pavillons de la France, de l’Équateur et des Émirats arabes unis annonçaient leur soutien à cette défection. Une vingtaine de délégations nationales ont même fermé leurs portes par solidarité, lors d’une journée de grève qui a rassemblé quelque deux mille manifestants dans les rues de la Sérénissime.
Les tensions se sont matérialisées physiquement dès les previews. Le collectif féministe russe Pussy Riot a déclenché des fumigènes devant le pavillon russe, tandis que les militantes ukrainiennes de Femen ont scandé « Venise ne veut pas de Poutine ». Le pavillon russe, situé à quelques mètres d’une sculpture de cerf sauvée du front ukrainien, a été momentanément fermé sous la pression des forces de l’ordre. Mais au-delà des symboles, c’est la question même de la fonction de l’art dans un monde fracturé qui est posée. La Biennale, qui expose jusqu’en novembre les œuvres de cent dix artistes autour des thèmes de la mémoire, de la survie et de la reconstruction, se voit détournée de son propos par une actualité trop lourde. Les regards des visiteurs se portent moins sur les installations que sur les pancartes des manifestants, et le silence des galeries est souvent rompu par les slogans.
Cette crise interroge l’avenir des grandes manifestations culturelles internationales. L’inclusion de la Russie, qui bénéficie encore d’un pavillon permanent, rappelle que la géopolitique ne s’arrête pas aux portes des musées. Pour les observateurs européens et francophones — du Canada à la Belgique, en passant par les scènes artistiques africaines —, l’épisode vénitien révèle les contradictions d’un système qui prétend défendre la liberté créatrice tout en offrant une tribune à des régimes contestés. La Biennale survivra à ce tumulte, mais l’édifice patricien de l’art universel en sort fissuré. Reste à savoir si, après cette saison de fracas, les organisateurs oseront une refonte en profondeur de leurs règles de participation, ou si l’événement continuera de subir, édition après édition, le poids des guerres qu’il prétend ignorer.
Élargis ton regard
Trump suspend les frappes contre l’Iran, en attendant un accord rapide
2 langues · 74 sources
Depuis Economy & MarketsAmazon franchit le seuil des 3 000 milliards de dollars de capitalisation, porté par le cloud et l’IA
6 langues · 11 sources
Depuis TechnologyGIIAS 2026 : la citadine électrique Chery Q enregistre 6 000 commandes, bousculant le marché indonésien
1 langue · 15 sources