
Buenos Aires : la Foire du livre s'ouvre sous les huées du public face au gouvernement Milei
La cinquantième édition de la Foire internationale du livre de Buenos Aires s'est ouverte sur une scène de tension politique inédite, lorsque Leonardo Cifelli, secrétaire à la Culture du gouvernement de Javier Milei, a été accueilli par des huées et des sifflets. Dès les premières phrases de son discours, le public, composé d'éditeurs, d'écrivains et de visiteurs, a manifesté son rejet, et l'hostilité a culminé lorsque Cifelli a prononcé le nom du président et celui de sa sœur Karina, secrétaire générale de la présidence. Ce climat de confrontation, rapporté par la presse argentine, a transformé ce qui devait être une célébration en un révélateur de la fracture qui traverse le champ culturel argentin depuis l'arrivée au pouvoir de l'ultralibéral Milei.
Cette polarisation s'est immédiatement inscrite dans un contrepoint intellectuel. Juste après le discours officiel, trois écrivaines de premier plan – Gabriela Cabezón Cámara, Selva Almada et Leila Guerriero – ont animé une conversation publique qui a délibérément déplacé le débat vers les enjeux de la lecture comme droit fondamental et la critique des catégories réductrices comme la « littérature féminine ». Leur intervention, entre littérature et positionnement politique, a offert un espace de résistance symbolique face à une politique culturelle que le secteur éditorial perçoit comme un désengagement de l'État, d'autant que les ventes de livres connaissent une chute brutale dans un contexte de récession et de suppression de subventions.
Du côté des autorités locales, le maire de Buenos Aires, Jorge Macri, a tenté de tempérer les tensions en évoquant la continuité d'une tradition littéraire, tandis que le court concert de Fito Páez a apporté une note de légèreté. Mais la crise du livre argentin n'est pas un simple incident de parcours. Elle s'inscrit dans une dynamique plus large : dans plusieurs pays francophones, du Canada à la Belgique, les milieux culturels observent avec inquiétude la montée de discours qui remettent en cause le financement public de la culture et la liberté de création. La Foire de Buenos Aires devient ainsi, pour le monde hispanophone et au-delà, un baromètre des tensions entre populisme libéral et institutions culturelles.
À mesure que la Foire se déroulera sur plusieurs jours, le débat promet de s'intensifier. Les libraires, les éditeurs et les auteurs argentins, soutenus par une partie de l'opinion, entendent faire de cette manifestation un lieu de contestation et de réflexion collective. La question centrale demeure : jusqu'où le gouvernement Milei est-il prêt à aller dans son bras de fer avec un secteur qui, traditionnellement, sert de caisse de résonance à la critique sociale ? La réponse se jouera peut-être moins dans les allées de La Rural que dans les urnes et les mesures budgétaires à venir.
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