
ChatGPT sous le feu des critiques : enquête américaine et nouvelle fonction de sécurité
L’enquête en Floride sur le rôle de ChatGPT dans un attentat relance le débat sur la responsabilité de l’IA, tandis qu’OpenAI introduit un signalement aux proches en cas de risque suicidaire.
La responsabilité pénale des intelligences artificielles fait l’objet d’une passe d’armes inédite aux États-Unis. Le procureur général de Floride, James Uthmeier, a ouvert une enquête formelle contre OpenAI après qu’il a été établi qu’un jeune homme, auteur d’une fusillade à l’Université d’État de Floride en avril 2025, avait échangé plus de deux cents messages avec ChatGPT pour obtenir des conseils sur le choix des armes et la planification de son acte. Le parquet explore l’hypothèse d’une complicité par négligence, soulevant une question vertigineuse : si une IA conseille un passage à l’acte violent, le concepteur doit-il être tenu pour coresponsable ? La controverse américaine trouve un écho particulier en Europe, où le Parlement a adopté l’AI Act, qui classe les systèmes d’IA selon leur niveau de risque, mais sans trancher la question de la responsabilité pénale directe. En Afrique francophone, plusieurs États réfléchissent à des cadres de régulation inspirés du modèle européen, mais aucun n’a encore légiféré sur la complicité algorithmique.
Par un curieux contraste, OpenAI déploie simultanément une fonctionnalité destinée à prévenir le pire. Baptisée Trusted Contact, elle permet aux utilisateurs adultes de désigner un proche qui sera alerté si le modèle détecte dans les conversations des signes sérieux d’automutilation ou de risque suicidaire. Cette intervention proactive, qui dépasse la simple réponse textuelle pour solliciter le réseau humain, constitue une première dans l’industrie. Des observateurs canadiens y voient une avancée utile dans un pays où les services de santé mentale sont saturés, tandis que des psychiatres belges appellent à ne pas en faire un substitut à l’accompagnement thérapeutique.
Parallèlement, l’usage professionnel de l’IA générative se généralise sans attendre les régulateurs. En Espagne, comme dans de nombreux pays, les métiers de bureau, les hôpitaux, les cabinets juridiques et les agences de publicité intègrent désormais ChatGPT, Gemini, Power BI ou Perplexity dans leurs flux de travail quotidiens, de la rédaction de documents à l’analyse de données. Cette banalisation pose la question des garde-fous : alors que certaines formations à l’éthique de l’IA fleurissent dans les universités francophones (France, Québec, Suisse romande), les professionnels peinent à distinguer l’outil d’aide du conseiller potentiellement dangereux.
Dans ce paysage contrasté, une autre piste émerge, explorée par des chercheurs en neurosciences cognitives : l’IA comme régulateur des pulsions. Des expériences montrent que des modèles conversationnels peuvent aider des individus souffrant de troubles du contrôle des impulsions à temporiser leurs réactions violentes. Bien que cela ne remplace pas une thérapie, cette utilisation préventive interroge : la même technologie qui peut, par négligence algorithmique, nourrir un passage à l’acte pourrait-elle, correctement paramétrée, désamorcer la violence ? Le débat, loin d’être clos, se déplace désormais des laboratoires aux prétoires.
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