
DeepSeek V4 : l’écart technologique persiste, la souveraineté chinoise s’affirme
L’annonce très attendue de DeepSeek V4, nouveau modèle d’intelligence artificielle chinois, n’a pas provoqué l’onde de choc de son prédécesseur R1. Malgré une architecture capable d’embrasser un contexte d’un million de mots et un coût d’utilisation nettement inférieur à la concurrence, cette version préliminaire ne réduit pas significativement la distance avec les modèles de pointe américains. Outre-Atlantique, le soulagement est perceptible : les évaluations convergent pour dire que l’écart ne se referme pas, un constat résumé sans ambages dans les milieux de la tech californiens et de la défense.
En Chine, la lecture est plus nuancée. La presse hongkongaise rapporte que la mouture la plus avancée, V4 Pro, se hisse certes au deuxième rang des modèles open source, derrière Kimi K2.6 du pékinois Moonshot AI, mais la performance reste en deçà des attentes créées par la déflagration de janvier dernier. Certains analystes y décèlent néanmoins des gains « impressionnants » qui pourraient préfigurer un futur saut qualitatif, tandis que d’autres insistent sur l’épaisseur du plafond de verre technologique auquel se heurte la firme.
Mais l’enjeu dépasse la simple course aux benchmarks. La collaboration étroite avec Huawei, révélée en direct sur Bilibili et WeChat, ancre V4 dans un écosystème matériel et logiciel 100 % chinois. Les ingénieurs du géant des télécoms ont adapté les puces Ascend et la plateforme CANN – réplique du standard CUDA de Nvidia – pour faire tourner le modèle. Cette symbiose renforce la quête d’autonomie technologique érigée en priorité nationale par Pékin, en réponse au blocus américain sur les semi-conducteurs avancés. Elle a cependant un coût immédiat : DeepSeek reconnaît que les problèmes de débit ne seront résolus qu’au second semestre, lorsque les supernœuds Ascend 950PR seront livrés à l’échelle.
À l’international, cette double réalité – performance encore en retrait, souveraineté en progression – est perçue à travers des prismes variés. Si Washington peut se targuer d’une suprématie maintenue, les capitales européennes observent avec pragmatisme l’émergence d’un modèle ouvert et peu gourmand en ressources, susceptible d’intéresser les centres de recherche publics ou les start-up en Afrique francophone et au Canada, où la frugalité énergétique pèse autant que la puissance brute. En Amérique latine, la presse mexicaine a salué le lancement des versions V4 Pro et V4 Flash, plus économique, tout en y voyant surtout un baromètre des ambitions chinoises plus qu’une révolution imminente.
L’avenir de DeepSeek V4 se jouera moins sur les scores actuels que sur la montée en puissance de l’écosystème matériel chinois. L’arrivée des supercalculateurs Ascend pourrait débloquer, d’ici la fin de l’année, des capacités d’inférence qui rapprocheront le modèle des standards américains, redessinant les équilibres. Dans cette compétition où s’entremêlent logiques de souveraineté et cycles d’innovation accélérés, la bataille ne porte plus seulement sur la précision des algorithmes, mais sur la résilience des chaînes d’approvisionnement. L’Europe, l’Afrique et les Amériques devront composer avec un monde technologique fragmenté, où chaque bloc investit dans sa propre martingale, menaçant l’universalité des outils d’intelligence artificielle.
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