
Guerre au Moyen-Orient : le déficit budgétaire saoudien atteint 33,5 milliards de dollars au premier trimestre 2026
La flambée des dépenses militaires et la baisse des recettes pétrolières creusent le déficit. Riyad a déjà couvert 90 % de ses besoins de financement annuels.
Le royaume saoudien a enregistré un déficit budgétaire de 125,7 milliards de riyals (33,5 milliards de dollars) au premier trimestre 2026, soit près des trois quarts de la prévision annuelle de 44 milliards. Ce chiffre, révélé par le ministère des Finances, illustre l’impact d’une guerre régionale qui force Riyad à accroître ses dépenses tout en subissant la baisse de ses recettes pétrolières. Les frappes américano-israéliennes déclenchées fin février 2026 et les représailles iraniennes contre les installations énergétiques du Golfe ont perturbé le détroit d’Ormuz, voie de transit de 20 % du pétrole et du gaz liquéfié mondiaux. Si les cours du brut se sont tendus, le volume exporté a chuté, réduisant de 3 % sur un an les revenus pétroliers saoudiens, tombés à 144,7 milliards de riyals. Parallèlement, les dépenses de l’État ont bondi de 20 % pour atteindre 386,7 milliards de riyals, tirées par une hausse de 26 % du budget militaire, passé de 51,4 à 64,7 milliards de riyals. Cet effort de guerre, conjugué à la poursuite des investissements dans la diversification économique, pèse sur des finances publiques qui enregistrent leur quatorzième trimestre consécutif de déficit.
Dans ce contexte, les autorités saoudiennes redoublent d’efforts pour développer les secteurs non pétroliers. Les recettes hors hydrocarbures n’ont progressé que de 2 %, à 116,3 milliards de riyals, portées par les taxes sur les biens et services. Mais le royaume affiche des ambitions dans les mines et l’industrie : 2 925 licences minières actives fin 2025, pour des investissements de 11,7 milliards de dollars, et 12 946 usines recensées, dont plus de 10 000 en fonctionnement. Ces données, issues du rapport annuel du ministère de l’Industrie, témoignent d’une volonté de réduire la dépendance au pétrole, même si la croissance économique, y compris dans le tourisme, devrait fortement ralentir en 2026 selon les observateurs du Golfe.
Face à l’urgence, le Centre national de gestion de la dette saoudien a annoncé avoir déjà sécurisé près de 90 % des besoins de financement annuels, estimés à 217 milliards de riyals (57,86 milliards de dollars), avant même l’escalade militaire. Pour y parvenir, Riyad a réduit ses émissions sur les marchés publics internationaux et privilégié des canaux privés et des emprunts locaux. Cette stratégie pragmatique reflète la volonté d’éviter une fuite des capitaux dans un Moyen-Orient en crise. Pour les économies voisines — Émirats, Qatar, Koweït — la persistance du conflit menace les projets de diversification et alourdit les factures de défense. En Europe, où les chaînes d’approvisionnement énergétique restent fragiles, la tension dans le Golfe ravive les craintes sur la sécurité des approvisionnements. Quant aux pays francophones d’Afrique, importateurs nets de pétrole, la flambée des cours et la volatilité des routes maritimes compliquent leurs équilibres budgétaires. L’avenir de la transformation saoudienne, baptisée Vision 2030, se joue désormais dans un environnement régional incertain, où la guerre et la dépense publique s’entrechoquent avec les impératifs de la réforme.
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