
RDC : l’ampleur réelle de l’épidémie d’Ébola serait deux à quatre fois supérieure aux bilans officiels
Alors que l’OMS révèle une sous-estimation massive des cas, la grève des soignants et le manque de financements entravent la riposte face à la souche Bundibugyo, sans vaccin ni traitement approuvé.
L’épidémie d’Ébola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo depuis la mi-mai pourrait être deux à quatre fois plus étendue que ne l’indiquent les chiffres officiels, a averti l’Organisation mondiale de la santé. Les données gouvernementales font état, au 14 juillet, de près de 2 000 cas confirmés et de plus de 700 décès, mais la modélisation de l’agence onusienne suggère que la magnitude réelle du foyer est bien supérieure. Cette flambée, causée par la souche Bundibugyo – pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement approuvé –, est déjà la troisième plus importante jamais enregistrée et celle dont la progression mensuelle a été la plus rapide.
L’écart entre les bilans officiels et la réalité tient en grande partie au nombre élevé de décès communautaires non signalés. Environ 80 % des nouveaux cas concernent des personnes qui ne figuraient pas sur les listes de contacts, signe d’une transmission silencieuse qui échappe aux équipes de surveillance. La maladie s’est propagée à cinq provinces congolaises – Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Tshopo et Haut-Uele – et a franchi la frontière ougandaise, où vingt cas ont été recensés. Dans cette région de l’est congolais minée par trois décennies de conflits armés, les déplacements de population, la précarité des camps et la défiance envers les autorités sanitaires compliquent le traçage des chaînes de contamination.
La riposte est par ailleurs fragilisée par un mouvement social inédit parmi les soignants. À Rwampara, dans l’épicentre de l’épidémie en Ituri, des épidémiologistes, enquêteurs, chauffeurs et fossoyeurs ont bloqué l’accès au centre de traitement pour réclamer le versement de salaires et de primes impayés depuis le 15 mai. Le ministre congolais de la Santé a reconnu des « retards de paiement » et promis une résolution, mais la menace d’une grève générale plane. Parallèlement, l’administration américaine a interdit à ses ressortissants présents en RDC de regagner directement les États-Unis par vol commercial, les obligeant à observer une quarantaine de vingt et un jours dans un pays tiers. Deux humanitaires américains ont été infectés et évacués vers l’Allemagne pour y être soignés.
Sur le plan financier, l’OMS n’a reçu que 40 % des 115 millions de dollars qu’elle juge nécessaires pour coordonner la réponse, alors même que la communauté internationale a mobilisé 1,5 milliard de dollars au total pour la RDC. Un essai clinique évaluant deux traitements – le remdesivir, antiviral à large spectre, et le MBP134, cocktail d’anticorps expérimental – a débuté dans un centre de traitement de l’Ituri, mais son extension à d’autres sites dépendra de l’apaisement des tensions sociales et de l’amélioration de la sécurité. La prochaine étape décisive sera la capacité à élargir cet essai et à maintenir la chaîne de paiement des soignants, faute de quoi la détection et l’isolement des malades resteront insuffisants pour contenir une épidémie qui, de l’aveu même de l’OMS, « continue de devancer les efforts de riposte ».
| Presse africaine subsaharienne | −0.30 | critical |
|---|---|---|
| Presse européenne continentale | −0.40 | critical |
| Presse russe et CEI | 0.00 | neutral |
Les agents de santé en première ligne ne sont pas payés et le virus se propage à de nouvelles provinces. La réponse est minée par ces échecs.
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L'ampleur réelle de l'épidémie est bien pire que ne le montrent les chiffres officiels, et la réponse est dépassée. La communauté internationale doit agir maintenant.
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