
Scrutin palestinien à Gaza et en Cisjordanie : le Fatah regagne du terrain dans un territoire brisé
Pour la première fois en près de deux décennies, une municipalité de la bande de Gaza s’est rendue aux urnes le 25 avril dernier, à l’occasion d’élections locales dont les résultats, annoncés dès le lendemain, confirment un net recul du Hamas. Les listes soutenues par le Fatah du président Mahmoud Abbas ont remporté la quasi-totalité des sièges en Cisjordanie et à Deir al‑Balah, seule ville de l’enclave côtière où le vote a pu se tenir. Présentée par l’Autorité palestinienne comme un « succès » et une étape vers une présidentielle sans cesse repoussée, cette séquence électorale est avant tout un révélateur des recompositions politiques qui s’esquissent dans les décombres de la guerre.
Le contraste entre les deux territoires saute aux yeux. En Cisjordanie occupée, la participation a avoisiné les 56 %, un niveau comparable aux précédents scrutins locaux et signe d’une certaine continuité institutionnelle malgré les empiètements de la colonisation. À Gaza, moins d’un électeur sur quatre s’est déplacé dans une ville de soixante‑dix mille âmes, où les centres de vote ont dû fermer une heure plus tôt faute d’électricité. Ce chiffre modeste, relevé par les observateurs russes et iraniens avec la même précision clinique, dit autant la lassitude d’une population brisée par deux ans de bombardements israéliens que la difficulté de ranimer une mécanique démocratique après deux décennies de glaciation autoritaire du Hamas.
Car c’est bien l’organisation islamiste qui sort affaiblie de ce rendez‑vous. Sans présenter officiellement de candidats – les règles électorales imposent de reconnaître Israël et le principe de deux États –, le mouvement avait laissé émerger une liste locale à Deir al‑Balah perçue comme proche de ses thèses. Celle‑ci n’a obtenu que deux sièges sur quinze. Pour la presse économique italienne, ce revers circonscrit témoigne de l’érosion du soutien populaire au Hamas, alors même qu’il prépare un congrès interne pour désigner le successeur de Yahya Sinwar et trancher entre la poursuite de la lutte armée et une survie politique négociée. Dans les capitales européennes, on y voit un signal ténu mais tangible que l’après‑guerre pourrait rouvrir un espace aux forces non djihadistes.
Reste que cette photographie électorale demeure truffée d’ambiguïtés. L’Autorité palestinienne, tenue à l’écart du plan de cessez‑le‑feu esquissé par Washington, espère transformer ce vote en preuve de sa souveraineté sur une bande de Gaza qu’elle a perdue en 2007 par les armes. Les éditorialistes canadiens et belges s’interrogent : une victoire sur fond d’abstention massive et de contrôle israélien des frontières peut‑elle fonder une légitimité durable ? La question est d’autant plus brûlante qu’au même moment, des frappes israéliennes visant le Hezbollah rappelaient la volatilité régionale et la subordination de tout processus politique palestinien à l’équilibre des forces entre Téhéran et Jérusalem.
À terme, ces municipales pourraient donc moins ressusciter l’unité nationale qu’en souligner les fractures. Le Fatah capitalise sur l’épuisement de son rival, mais reste perçu comme une structure vieillissante et clientéliste. Aucun calendrier crédible ne garantit la tenue d’élections législatives ou présidentielle. Et dans les décombres de Deir al‑Balah, le geste démocratique de quelques milliers d’électeurs, si courageux soit‑il, pèse peu face aux armes et aux diplomaties parallèles qui décident du sort de la Palestine.
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