
Guerre en Iran : 25 milliards de dollars et un conflit sans mandat en pleine tourmente au Congrès
C’est un chiffre qui change brutalement la perception d’une guerre lointaine. Mercredi, devant la commission des forces armées de la Chambre des représentants, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a dû s’expliquer pour la première fois depuis le déclenchement de l’opération « Epic Fury », le 28 février dernier, tandis que le contrôleur par intérim du Pentagone, Jules Hurst, révélait que le conflit a déjà englouti près de 25 milliards de dollars. L’audition, officiellement consacrée au budget colossal de 1 500 milliards réclamé par l’administration Trump pour 2027, a immédiatement basculé sous le poids d’une double échéance : l’envolée des coûts et l’imminence du délai de soixante jours prévu par la résolution sur les pouvoirs de guerre, au-delà duquel la Maison-Blanche pourrait être contrainte de retirer ses troupes faute d’autorisation législative explicite.
La facture, qui englobe les munitions consommées, le déploiement de forces au Proche-Orient, le remplacement de matériels endommagés et les répercussions sur les prix de l’énergie après la fermeture du détroit d’Ormuz, alimente un malaise qui dépasse les rangs démocrates. Des sénateurs républicains modérés comme John Curtis ou Susan Collins laissent filtrer leur inquiétude quant à une campagne militaire « non définie » et « non autorisée ». À Ottawa, les observateurs canadiens soulignent le décalage entre les déclarations martiales du Pentagone et la réalité d’un conflit qui, selon Radio-Canada, « s’enlise, malgré un cessez-le-feu prolongé par Donald Trump ». Cette guerre en demi-teinte, suspendue sans être résolue, érode la crédibilité d’une stratégie américaine que Paris, Bruxelles et Berlin scrutent avec appréhension, alors que la flambée du brut et du gaz naturel rappelle crûment la dépendance énergétique du Vieux Continent au corridor stratégique du Golfe.
Dans plusieurs capitales africaines francophones, où la mémoire des interventions occidentales reste vive, cette nouvelle démonstration de force sans mandat onusien ni consensus transatlantique conforte un récit anti-occidental déjà exploité par les régimes de transition sahéliens. Hegseth, pour sa part, a balayé l’idée d’un « bourbier », attaquant avec virulence les critiques de la guerre, mais son plaidoyer pour un Pentagone réarmé se heurte aux conséquences stratégiques de l’épuisement des stocks de munitions américaines, que les états-majors jugeaient essentiel à la dissuasion face à la Chine. La montée en puissance de Pékin, justement, plane sur les débats : de nombreux élus craignent qu’un conflit prolongé avec l’Iran, en absorbant autant de ressources, n’affaiblisse la posture américaine dans l’Indopacifique.
L’audition pourrait marquer un tournant, car si le Congrès ne vote pas d’autorisation dans les jours qui viennent, Donald Trump se trouvera contraint de justifier un retrait ou de défier ouvertement la loi. Cette fenêtre politique, observée avec attention de Washington à Québec, fera ressortir les fractures transatlantiques, la fragilité de l’architecture de sécurité au Moyen-Orient et la difficulté, pour une puissance déjà engagée sur plusieurs théâtres, de mener une guerre coûteuse sans mandat intérieur ni large coalition internationale.
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