
Intel efface son record de la bulle Internet, l’ère de l’IA relance la demande de CPU
L’action Intel, portée par des résultats trimestriels largement supérieurs aux attentes, a franchi vendredi un sommet historique qui efface son précédent record de la bulle Internet. En séance, le titre a bondi de plus de 24 %, dépassant les 83 dollars – un seuil inédit depuis le 28 août 2000. Ce mouvement spectaculaire, largement commenté des deux côtés de l’Atlantique, sanctionne la première publication du nouveau directeur général Lip-Bu Tan et traduit une recomposition des équilibres dans l’industrie des semi-conducteurs à l’heure de l’intelligence artificielle.
Le chiffre d’affaires du géant américain a atteint 13,6 milliards de dollars au premier trimestre 2026, alors que les analystes tablaient sur 12,4 milliards environ. Le bénéfice par action ressort à 29 cents, très au-dessus du consensus qui oscillait autour de 1 à 2 cents. Si la branche des ordinateurs personnels n’a progressé que de 1 %, le véritable moteur se trouve dans les centres de données, où les revenus ont grimpé de 22 % pour s’établir à 5,1 milliards de dollars. Cette envolée a retenu l’attention de la presse économique israélienne, qui souligne un regain de commandes des hyperscalers – Nvidia, Broadcom ou Google – pour des puces-serveurs gravées dans les usines d’Intel. Là où le marché craignait une érosion durable, le fondeur voit désormais converger les stratégies de ses clients stratégiques, avides de sécuriser des capacités de production alternatives à TSMC.
La percée boursière s’enracine dans une thèse plus structurelle mise en avant par Lip-Bu Tan : les processeurs centraux (CPU) redeviennent une « base indispensable de l’ère de l’IA ». Alors que la phase d’entraînement des grands modèles privilégiait les GPU, le basculement vers l’inférence requiert un nombre croissant de CPU à chaque processeur graphique déployé. Les analystes russes, cités par Forbes Russia, The Bell et Interfax, y voient le signe que le groupe, longtemps en crise, commence enfin à tirer parti de l’intelligence artificielle après avoir accumulé de lourdes dépréciations lors des trimestres précédents. La direction a d’ailleurs livré des prévisions optimistes pour le deuxième trimestre, avec un chiffre d’affaires attendu entre 13,8 et 14,8 milliards de dollars, là aussi au-dessus des attentes.
Aux États-Unis, le magazine Forbes insiste sur l’effet de surprise et le message de retournement qu’incarne ce trimestre. Le dépassement du record de la bulle Internet est perçu comme un symbole puissant : pendant deux décennies, Intel incarnait le déclin face à la mobilité puis à l’accélération graphique. Aujourd’hui, la société regagne une légitimité boursière et industrielle, portée par une demande mondiale de puissance de calcul standardisé pour l’IA, un domaine dont les ramifications touchent aussi bien la défense que la santé. En Europe, où Intel dispose d’une usine en Irlande et projette une mégafabrique en Allemagne, ces résultats confortent, au moins à court terme, le pari de souveraineté technologique défendu par Bruxelles et les capitales francophones, de Paris à Ottawa. La résilience du modèle CPU dans l’inférence pourrait relégitimer les investissements massifs consentis sur le Vieux Continent, même si la concurrence d’AMD et des architectures ARM demeure vive.
Reste à savoir si ce rebond constitue une inflexion durable ou un sursaut passager. Si la trajectoire des serveurs confirme l’utilité renouvelée des CPU, la bataille pour la fonderie de pointe reste entière et les marges de manœuvre d’Intel dépendront de l’exécution industrielle de sa feuille de route. Pour l’heure, la réaction des places financières – de New York à Tel-Aviv, en passant par Moscou et les Bourses francophones – témoigne d’un soulagement et d’un réalignement des anticipations : l’écosystème de l’IA, si longtemps dominé par les accélérateurs graphiques, redécouvre le socle fondamental sur lequel il s’édifie.
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