
Journée du livre : le paradoxe ibérique face à la désertion mexicaine
Le 23 avril, la fête de Sant Jordi transforme Barcelone en une immense librairie à ciel ouvert, mais cette célébration masque des réalités contrastées. Tandis que l’Espagne et le Portugal affichent une croissance inédite de leur marché du livre – treize années consécutives de hausse, avec un bond de 39 % entre 2013 et 2024 –, la moitié des titres imprimés dans la péninsule ne trouvent aucun acheteur. Cet « exception ibérique », salué à la Foire de Francfort, repose sur un tissu de librairies indépendantes et une tradition de lecture publique qui résiste à la concurrence numérique, mais il révèle aussi une production pléthorique où l’offre dépasse largement la demande réelle.
Au Mexique, pourtant siège du lauréat du Prix Cervantes 2025, Gonzalo Celorio, le tableau est autrement plus sombre. L’Asociación de Librerías de México alerte sur une extinction programmée des librairies, faute d’une politique publique digne de ce nom. Malgré la suppression de la TVA sur la production de livres, le taux de lecture stagne et les points de vente ferment. Le contraste est saisissant avec l’Espagne, où la même fête du livre sert d’exutoire civique et festif, comme le rappelle la tradition catalane du dragon terrassé par saint Georges, qui a inspiré l’Unesco pour instituer cette journée en 1995.
Au-delà des chiffres, c’est le rapport des jeunes à la lecture qui interroge. Au Québec, des spécialistes de l’enseignement plaident pour un « pacte de lecture » qui sortirait l’école de son rôle prescriptif : partage, accès diversifié, rencontres avec des lecteurs adultes. Leur diagnostic rejoint celui des libraires allemands, qui rappellent que le 23 avril coïncide aussi avec la mort de Cervantès et de Shakespeare – un double héritage qui invite à lire non pour se rassurer, mais pour se « bouleverser », selon le mot du poète Gaston Miron.
L’avenir du livre ne se joue donc pas seulement dans les bilans commerciaux. Alors que l’Europe du Sud exporte son modèle via l’Amérique hispanophone, la fracture entre des marchés dynamiques et des déserts culturels s’accentue. La prolifération des nouveautés, comme le souligne le quotidien El País, risque de noyer le lecteur sous une masse d’ouvrages dont peu survivent. La vraie question, pour les politiques culturelles, est de savoir comment transformer cette abondance en une pratique vivante, et non en un simple inventaire de titres invendus.
Élargis ton regard
Trump suspend les frappes contre l’Iran, en attendant un accord rapide
2 langues · 74 sources
Depuis Economy & MarketsAmazon franchit le seuil des 3 000 milliards de dollars de capitalisation, porté par le cloud et l’IA
6 langues · 11 sources
Depuis TechnologyGIIAS 2026 : la citadine électrique Chery Q enregistre 6 000 commandes, bousculant le marché indonésien
1 langue · 15 sources