
Kallas met en garde : l’Europe ne peut accepter un accord nucléaire avec l’Iran sans experts
La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a lancé une mise en garde aussi claire que tranchante à la veille du sommet informel des Vingt-Sept à Chypre : toute négociation avec Téhéran qui exclurait les experts nucléaires aboutirait à un accord encore plus faible que le Plan d’action global commun de 2015, et surtout à une Iran « plus dangereuse ». Cette déclaration, prononcée vendredi à Nicosie, intervient dans un climat de tensions accrues, marqué par des attaques de drones contre la base britannique de RAF Akrotiri, imputées à des milices liées à la République islamique, et par une crise énergétique sans précédent dans l’île. Les dirigeants européens, réunis pour débattre d’une stratégie unifiée, ont insisté sur la nécessité d’une approche « plus ferme et plus globale », conscient que le seul dossier nucléaire ne saurait résumer la menace iranienne.
Car c’est bien l’ensemble du spectre des activités de Téhéran que Bruxelles entend soumettre à la négociation : programmes balistiques, soutien aux proxies régionaux, ingérence hybride et cyberattaques ciblant le territoire européen. Si la question nucléaire demeure le volet le plus sensible, les capitales européennes, notamment Paris et Berlin, redoutent qu’un accord partiel ne libère des capacités déjà avancées tout en laissant se développer les autres vecteurs de déstabilisation. De son côté, Washington, par la voix de Donald Trump, a rappelé sur Truth Social que l’enjeu fondamental reste de mettre fin à ce qu’il qualifie de « chaos de 47 ans » – une position qui tranche avec la volonté européenne de maintenir une pression diplomatique et technique.
Au Moyen-Orient, les alliés arabes du Golfe observent avec inquiétude ces débats : un affaiblissement du cadre de contrôle nucléaire, couplé à une absence de limitation des missiles iraniens, risquerait de précipiter une course aux armements régionale. Pour l’Afrique francophone et le Canada, qui suivent de près les répercussions sur la sécurité internationale, le message de Kallas sonne comme un rappel que toute concession sur le fond permettrait à Téhéran de poursuivre sa politique de prolifération discrète. Dans ce contexte, la question centrale est désormais de savoir si l’Europe saura imposer une table de négociation où les experts nucléaires auront voix au chapitre – sans quoi, comme le résume la diplomate estonienne, c’est un Iran plus dangereux que l’on devra affronter, et ce, pour longtemps.
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