
L’or vacille entre chute et rebond, pris en étau par le pétrole et l’inflation
Les cours de l’or ont touché cette semaine leur plus bas niveau depuis le début du mois d’avril, avant d’amorcer un modeste rebond, illustrant les tensions contradictoires qui agitent le marché. À Dubaï, le lingot de 24 carats est descendu à 550 dirhams le gramme mercredi, soit une perte de près de 38 dirhams par rapport au pic du 17 avril, tandis que l’once d’or au comptant chutait à 4 567 dollars, son niveau le plus faible depuis le 2 avril. Une respiration est survenue jeudi, portée par l’affaiblissement du dollar et des achats à bon compte, mais la hausse demeure contenue, les investisseurs redoutant une persistance de l’inflation alimentée par la flambée du pétrole brut.
Ce mouvement de balancier s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Les négociations entre les États-Unis et l’Iran sur le nucléaire sont dans l’impasse, le président Donald Trump ayant rejeté la dernière proposition de Téhéran et menacé d’un blocus prolongé des ports iraniens. Le pétrole Brent oscille au-dessus de 119 dollars le baril, renforçant les anticipations d’une inflation durable. Aux États-Unis, la Réserve fédérale achève une réunion de deux jours sans modifier ses taux, mais les marchés guettent la moindre inflexion de Jerome Powell, tandis que la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre et celle du Canada doivent également se prononcer cette semaine. Pour les analystes de la place londonienne, l’or reste prisonnier d’un double mouvement : les craintes inflationnistes et la hausse des rendements obligataires pèsent sur son attractivité, mais sa baisse récente suscite un intérêt tactique de la part des acheteurs, en quête de valorisation.
Dans les émirats du Golfe, où l’or sert de baromètre pour une clientèle sensible aux variations quotidiennes, la baisse offre une fenêtre d’achat aux joailliers après un mois d’avril volatil. Mais la prudence domine : Standard Chartered prévoit une « fragilité des mouvements » à court terme, confirmée par le recul mensuel de 2,2 % de l’once. Au Moyen-Orient comme en Europe, la perspective d’un maintien prolongé des taux d’intérêt élevés érode le métal jaune face aux actifs rémunérateurs. Les analystes de KCM Trade relèvent néanmoins que « l’or représente une proposition de valeur aux niveaux actuels », ce qui pourrait soutenir des achats ponctuels. L’équilibre reste précaire : tant que le pétrole et l’inflation dicteront la politique monétaire, l’or oscillera entre rebut et refuge, sans véritable tendance de fond.
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