
Biennale de Venise : une édition déchirée entre boycott, dissidences et bras de fer diplomatique
À l’aube de la 61e Biennale d’art de Venise, c’est moins la création que le conflit qui dicte le tempo. Le 1er mai 2026, l’intégralité du jury international – cinq personnalités emmenées par la commissaire brésilienne Solange Farkash – a présenté sa démission collective. Motif : la volonté du jury d’exclure de l’attribution des Lions d’or et d’argent les œuvres en provenance d’États dont les dirigeants sont visés par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale – soit la Russie et Israël.
Cette décision, jugée politiquement intenable par la direction de la Biennale, a été rejetée en bloc par le président Pietrangelo Buttafuoco, figure sulfureuse longtemps proche des milieux nationalistes italiens, converti à l’islam et adepte d’un anarchisme de droite revendiqué. Depuis plusieurs semaines, Buttafuoco tient tête au ministère de la Culture italien comme aux instances européennes, qui ont gelé leurs subventions après l’annonce du maintien du pavillon russe, fût-ce à huis clos. Car si le pavillon de la Fédération de Russie restera physiquement fermé durant toute la manifestation – du 9 mai au 22 novembre –, une performance privée de trois jours, intitulée *The Tree is Rooted in the Sky*, doit s’y dérouler pendant les vernissages.
Un compromis que dénoncent avec virulence les artistes dissidents russes, qui, dans une lettre ouverte publiée par *La Stampa*, accusent Buttafuoco de réduire le dialogue à une mise en scène, tandis que la communauté internationale s’émeut de voir Moscou bénéficier d’une tribune, même symbolique. L’onde de choc dépasse les lagunes vénitiennes. En Afrique du Sud, le boycott d’Israël a provoqué le retrait officiel de la délégation sud-africaine.
Du côté indien, deux propositions parallèles témoignent d’une réponse plus nuancée : alors que Nalini Malani, artiste féministe de 80 ans, expose une critique acerbe de la violence patriarcale et étatique, le pavillon officiel indien mise sur la mémoire et l’exil avec *Geographies of Distance: Remembering Home*. Sur le Vieux Continent, le parallèle avec l’Eurovision 2026 s’impose : cinq pays – dont un membre du « Big Five » – ont renoncé à participer au concours, refusant d’apparaître sur la même scène qu’Israël. Signe que les fractures géopolitiques contemporaines, de l’Ukraine à Gaza, traversent désormais toute la sphère culturelle, transformant chaque exposition ou compétition en champ de bataille symbolique.
La Biennale de Venise, traditionnellement vitrine des avant-gardes, pourrait bien, cette année, n’offrir que le reflet d’un monde qui peine à concilier art, éthique et diplomatie. Reste à savoir si les œuvres parviendront à se faire entendre au milieu du vacarme.
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