
Commerzbank taille dans ses effectifs pour repousser l’OPA d’UniCredit
Face à l’offensive italienne, la banque allemande supprime 3000 postes supplémentaires et fixe des objectifs de rentabilité très ambitieux pour convaincre ses actionnaires.
En annonçant vendredi la suppression de 3000 emplois supplémentaires d’ici 2030, la Commerzbank a choisi la contre-attaque pour échapper à l’étreinte d’UniCredit. Le groupe de Francfort, qui employait encore près de 40 000 personnes fin 2025, entend désormais atteindre une rentabilité nette des fonds propres de 17 % en 2028, puis de 21 % en 2030, loin des 15 % précédemment promis. Ce tour de vis social, conjugué à des créations de postes dans les secteurs d’avenir, vise un seul objectif : prouver aux investisseurs que l’établissement peut prospérer en solitaire, sans céder aux avances de la banque milanaise dirigée par Andrea Orcel.
Cette offensive défensive intervient alors que le chancelier allemand Friedrich Merz a lui-même dénoncé, cette semaine, les méthodes « hostiles et agressives » d’UniCredit, allant jusqu’à évoquer des campagnes publicitaires jugées diffamatoires. Du côté de Rome, pourtant, le projet d’acquisition est perçu comme une étape logique pour bâtir un champion bancaire transalpin capable de figurer sur la liste des établissements systémiques mondiaux, une ambition que la péninsule n’a pas encore concrétisée. Les analystes helvétiques, dans la presse suisse, soulignent que cette bataille révèle surtout la fragilité d’un modèle allemand trop dépendant de la volonté politique, laquelle ne peut guère empêcher des actionnaires tentés par une prime d’achat.
Dans ce duel, la Commerzbank qualifie le plan de l’italien de « vague » et « lourd de risques d’exécution », tout en laissant une porte entrouverte : elle se dit prête à discuter si UniCredit propose un « prix attractif » et s’engage à respecter les piliers stratégiques de l’institut. Mais les marchés restent sceptiques : les objectifs de rentabilité paraissent très optimistes, et la politique allemande, malgré ses déclarations, n’a que peu de leviers pour bloquer une opération transfrontalière. L’issue de ce duel, l’un des plus âpres de la décennie bancaire européenne, dépendra moins des promesses de restructuration que de la capacité de Commerzbank à convaincre ses actionnaires que l’indépendance vaut plus que la sécurité d’une offre, fût-elle hostile.
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