
La menace de Trump contre Cuba : une escalade aux portes de l'Amérique latine
Le président des États-Unis, Donald Trump, a franchi un nouveau seuil dans la rhétorique impérialiste en évoquant, le 1er mai 2026 depuis Palm Beach, une prise de contrôle « presque immédiate » de Cuba dès la fin des opérations militaires en Iran. Suggérant que le porte-avions USS Abraham Lincoln, le plus grand du monde, s’approcherait à cent mètres des côtes cubaines pour recueillir la reddition des autorités de l’île, il a dans le même mouvement durci les sanctions économiques contre La Havane. Ce décret exécutif, qui cible les secteurs de l’énergie, de la défense, des finances et de la sécurité, vise également toute entreprise étrangère qui maintiendrait des liens avec le régime castriste. Une démonstration de force qui, pour les observateurs latino-américains, rappelle les pires heures de la guerre froide et interroge sur la volonté réelle de Washington de négocier autrement que par la contrainte.
La réponse cubaine ne s’est pas fait attendre. Miguel Díaz-Canel, le président de l’île, a dénoncé sur le réseau X des menaces militaires « d’un niveau dangereux et sans précédent », appelant la communauté internationale à se prononcer. Le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a qualifié les nouvelles sanctions de « punition collective » et d’« illégales », insistant sur leur caractère extraterritorial qui viole la Charte des Nations unies. Parallèlement, des centaines de milliers de Cubains ont défilé le 1er Mai devant l’ambassade américaine à La Havane pour « défendre la patrie », sous le slogan lancé par Díaz-Canel : « la peur ne se mange pas ici ». Cette mobilisation massive, qui contraste avec l’aggravation de la pénurie de carburant et les coupures d’électricité, témoigne d’une résistance populaire que la Maison-Blanche semble sous-estimer.
Dans l’hémisphère, cette escalade suscite une inquiétude croissante. Du Canada – où la société Sherritt International, active dans les mines cubaines, voit ses activités menacées par les sanctions – aux capitales européennes, Bruxelles et Paris ont appelé à la désescalade tout en rappelant leur opposition à l’embargo. Plusieurs médias iraniens et russes ont relayé l’incident comme une preuve de l’unilatéralisme américain, tandis que la presse argentine et mexicaine souligne le danger d’un conflit régional. La concomitance avec l’offensive en Iran semble indiquer que Trump cherche à capitaliser sur une dynamique de « victoire courte et historique » avant les élections de mi-mandat, en séduisant l’électorat cubano-américain de Floride, bastion républicain.
Cependant, l’hypothèse d’une invasion militaire demeure un pari risqué. Comme le rappellent les analystes européens, Cuba n’est ni l’Irak ni la Libye : son armée, bien que diminuée, conserve une capacité de nuisance asymétrique, et Pékin comme Moscou ont averti qu’ils ne resteraient pas inertes face à une agression directe. Le Pentagone, prudent, accélère les préparatifs logistiques mais ne s’est pas engagé publiquement. Derrière les fanfaronnades trumpiennes se dessine peut-être une tentative de provoquer un effondrement intérieur du régime par l’étranglement économique, plutôt qu’un débarquement. Ce serait alors un pari sur le temps, alors que Cuba, exsangue, tient bon sous un blocus renforcé. L’issue dépendra de la capacité de La Havane à maintenir la cohésion nationale et de la réaction d’une communauté internationale divisée, mais de plus en plus sensible aux atteintes à la souveraineté des petits États.
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