
Le blocus d'Ormuz menace 45 millions de personnes d'une famine imminente
L'engorgement du détroit bloque les fertilisants, provoquant un risque de crise alimentaire mondiale dans les semaines à venir, selon l'ONU.
Le chef d'un groupe de travail des Nations unies, Jorge Moreira da Silva, a lancé un avertissement sans précédent : faute d'un rétablissement rapide du transit des engrais par le détroit d'Ormuz, ce sont jusqu'à quarante-cinq millions de personnes supplémentaires qui pourraient basculer dans la famine et la malnutrition. Ce signal d'alarme, émis alors que des dizaines de navires demeurent immobilisés dans le golfe Persique depuis plusieurs semaines, donne la mesure d'une crise humanitaire dont l'échéance se compte désormais en semaines, non en mois.
Le blocus, conséquence directe des frappes américano-israéliennes contre l'Iran, a provoqué une chute de près de 90 % des traversées quotidiennes dans cette artère vitale du commerce mondial. Selon les données compilées par l'association italienne des ports Assoporti et le centre d'études Srm, près d'un millier de bâtiments sont à l'arrêt, représentant 23,7 milliards de dollars de marchandises. Si le pétrole et le gaz concentrent l'attention médiatique, c'est le blocage de 25 % du trafic mondial de fertilisants – urée, ammoniac, phosphates – qui inquiète le plus les experts européens de la sécurité alimentaire.
En Europe, les effets se font déjà sentir sur les prix à la consommation. L'Italie, première concernée par l'analyse des ports, observe une hausse des carburants, mais aussi des engrais, ce qui annonce un renchérissement du blé, des fruits et des légumes dans la deuxième moitié de l'année. Les gouvernements européens, pris en étau entre la nécessité de soutenir leur agriculture et les tensions inflationnistes, redoutent un choc comparable à celui de 2022, lorsque la guerre en Ukraine avait déjà ébranlé les chaînes d'approvisionnement céréalières.
Du côté de l'Amérique latine et de l'Afrique francophone, l'alerte est encore plus vive. Des observateurs colombiens et canadiens soulignent que ces régions, très dépendantes des importations d'engrais pour leurs cultures vivrières, sont les premières vulnérables. Le Canada, grand producteur de potasse, voit ses exportations entravées, tandis que les pays d'Afrique de l'Ouest, déjà en proie à l'insécurité alimentaire, pourraient subir de plein fouet une flambée des prix des intrants.
À court terme, les alternatives sont limitées. Le contournement par le cap de Bonne-Espérance rallonge les trajets de plusieurs semaines et accroît les coûts logistiques, sans garantir un approvisionnement suffisant. Les analystes estiment que la fenêtre pour éviter une catastrophe se referme : si le transit n'est pas rétabli d'ici à la prochaine saison de semis dans l'hémisphère Nord, les récoltes souffriront, et avec elles l'équilibre alimentaire de millions de personnes. La pression diplomatique s'intensifie pour trouver une issue, mais l'issue reste, pour l'heure, suspendue au conflit iranien.
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