
Le Pakistan, médiateur empêtré entre l’imprévisibilité américaine et la défiance iranienne
Alors que l’on croyait le Pakistan installé dans un rôle de médiateur entre les États-Unis et l’Iran, les pourparlers amorcés fin mars se sont enlisés dans un flou aussi soudain que révélateur. L’échec du second round, attendu mercredi à Islamabad, a sonné comme un désaveu pour l’armée pakistanaise et son chef, le général Asim Munir, qui avait pourtant su gagner la confiance provisoire des deux capitales. Le cessez-le-feu, reconduit sine die par Washington, n’a pas engendré la percée escomptée, et la médiation promise tourne au vinaigre, laissant la diplomatie pakistanaise dans une posture embarrassante.
L’ascension du Pakistan comme intermédiaire privilégié ne s’était pourtant pas faite sans raison. Après avoir évincé la Suisse de ce dossier sensible, Islamabad avait su capitaliser sur sa proximité avec Téhéran et sa capacité à dialoguer avec l’administration Trump, dont les sautes d’humeur sont devenues une constante. Les principaux États régionaux, notamment l’Arabie saoudite et la Chine, voyaient dans ce tandem un moyen de stabiliser un Moyen-Orient toujours sous tension. Mais l’imprévisibilité du locataire de la Maison-Blanche a eu raison des certitudes pakistanaises : Donald Trump, qui promettait dimanche encore « de bonnes nouvelles », n’a pas envoyé ses négociateurs à Islamabad, plongeant la capitale dans un chaos protocolaire.
C’est du côté de Téhéran que le malaise est le plus palpable. Les Iraniens, qui avaient accepté la médiation pakistanaise avec méfiance, suspectent désormais Islamabad de jouer un double jeu. L’Inde, attentive à ces développements, observe avec satisfaction les difficultés de son voisin, tandis que les cercles diplomatiques européens s’interrogent sur la viabilité d’une médiation menée par un pays dont l’armée pèse si lourd dans les affaires étrangères. Le Canada et la France, partenaires traditionnels du Pakistan, restent prudents, conscients que l’échec d’Islamabad pourrait affaiblir toute tentative de dialogue entre les deux puissances.
Sur le terrain, la confusion règne. Les quartiers d’Islamabad avaient été bouclés en prévision de l’arrivée des délégations américaines, mais personne n’est venu. Les diplomates pakistanais, abandonnés à leur attente, avouent leur surprise : « On ne pensait pas que ce serait aussi difficile », confie l’un d’eux. Ce raté diplomatique, perçu comme une occasion perdue de redorer le blason international du Pakistan, interroge sur la capacité d’Islamabad à peser dans des équilibres aussi instables. Alors que la région tout entière guette un éventuel retour des négociations, la crédibilité du Pakistan comme médiateur semble désormais en berne, et son avenir diplomatique subordonné à la bonne volonté d’un président américain notoirement changeant.
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