
Le patron de Nvidia fustige les PDG qui blâment l’IA pour justifier les licenciements
Jensen Huang dénonce un « discours paresseux » alors que des entreprises de tous les continents imputent des suppressions d’emplois à l’intelligence artificielle, y compris en Russie et en Asie.
Devant les caméras de la chaîne singapourienne Channel NewsAsia, Jensen Huang, PDG de Nvidia, n’a pas mâché ses mots : « Le récit qui relie l’IA aux pertes d’emplois, pour beaucoup de PDG, est tout simplement paresseux. » Le dirigeant du géant américain des semi-conducteurs s’étonne qu’une technologie dont l’usage productif ne s’est généralisé que depuis six mois puisse être tenue pour responsable de licenciements décidés « il y a deux ans ». Il y voit une posture destinée à « paraître intelligent » et confesse : « Je déteste vraiment cela. » Cette sortie inattendue vient troubler une rhétorique devenue mondialement banale.
Car de la Silicon Valley à Moscou, en passant par Shanghai, la référence à l’intelligence artificielle s’est imposée comme l’argument standard des restructurations. Selon une enquête de Forbes Russie dans les rapports annuels de 803 entreprises du S&P 500, des noms aussi divers que Microsoft, Intel, Oracle, Workday, Dell ou Intuit expliquent désormais leurs coupes par un « redéploiement des ressources vers l’IA ». En Russie, le phénomène prend une ampleur comparable : German Gref, le patron de Sberbank, a justifié la suppression de 13 500 postes en un an par le fait que l’IA « sélectionne les inefficaces ». En Asie, Alibaba a réduit son effectif d’un tiers en une seule année – de 194 320 à 128 197 salariés – pour devenir une « entreprise d’IA à part entière ». Partout, le lexique de l’apprentissage automatique vient habiller des plans sociaux qui obéissent souvent à des logiques antérieures à l’essor de ChatGPT.
La maladresse peut tourner à la faute de communication. Le président de Standard Chartered, Bill Winters, en a fait l’amère expérience après avoir qualifié une partie de son personnel de « capital humain à faible valeur » qu’il entendait remplacer par du capital financier. Contraint de présenter des excuses, il illustre les écueils d’une communication déshumanisante. Des spécialistes en relations publiques cités par la presse anglo-saxonne mettent en garde contre ces formulations qui creusent un fossé entre les salariés jugés « à forte valeur » et les autres. Des sociétés comme Cisco, Salesforce ou Atlassian, en affichant crûment le lien entre IA et licenciements, risquent un retour de bâton social et réglementaire, en particulier sur le Vieux Continent, où le dialogue social reste un pilier.
L’indignation de Jensen Huang possède une portée qui dépasse le seul monde des affaires. Elle révèle un décalage temporel qui mine la crédibilité des directions : si l’IA générative n’a atteint une maturité suffisante que récemment, comment expliquer que des charrettes de grande ampleur aient été amorcées bien plus tôt ? À une époque où les opinions publiques, des rives du Saint-Laurent à celles du Bosphore, demandent des comptes sur l’avenir du travail, l’instrumentalisation d’un concept trop commode pourrait accélérer la défiance envers les grandes entreprises. La vraie transition exigera plutôt un effort d’honnêteté et d’accompagnement, sans se réfugier derrière le paravent d’une technologie dont M. Huang, mieux que quiconque, connaît à la fois les promesses et les limites.
| Presse atlantique / anglosphère | −0.40 | critical |
|---|---|---|
| Presse russe et CEI | −0.85 | critical |
| Presse européenne continentale | −0.55 | critical |
Le patron de Nvidia juge paresseuses les excuses des entreprises qui imputent les licenciements à l’intelligence artificielle. Des spécialistes en relations publiques recommandent aux dirigeants d’éviter un langage déshumanisant et de reconnaître que les restructurations relèvent de choix stratégiques, non de l’arrivée soudaine de l’IA générative.
L’usage cynique de l’IA comme prétexte aux licenciements massifs devient une norme patronale mondiale. Les patrons de Microsoft, Intel, Oracle et de la Sberbank inventent des euphémismes pour rassurer les investisseurs, tandis que l’intelligence artificielle se mue en outil pour éliminer les «inefficaces» et réduire les effectifs coup par coup.
La polémique déclenchée par Jensen Huang met en lumière le conflit entre valeur actionnariale et responsabilité sociale. En Europe, la pression s’accentue pour que les gouvernements fixent des règles nettes : l’intelligence artificielle ne doit pas servir de paravent à des restructurations qui sapent la cohésion sociale et le pouvoir d’achat des travailleurs.
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