
Le visage de Trump sur les passeports américains : une rupture symbolique aux accents monarchiques
Le département d’État américain a dévoilé mardi un projet de passeport commémoratif à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, dont la page intérieure arbore le portrait de Donald Trump, sa signature en lettres dorées et un fond reprenant la Déclaration d’indépendance. Cette édition limitée, disponible exclusivement à l’agence de Washington dès cet été, constitue une première dans l’histoire du pays : jamais un président en exercice n’avait figuré sur un document de voyage officiel. Au-delà de l’anecdote, cette décision s’inscrit dans une série d’initiatives visant à associer systématiquement le nom et l’effigie du chef de l’exécutif à des symboles d’État, des pièces de monnaie aux bâtiments fédéraux, en passant par le Kennedy Center et l’Institut pour la paix.
La réaction des démocrates ne s’est pas fait attendre. Le sénateur Chris Van Hollen a ironisé sur le contraste entre la visite d’État du roi Charles III, perçue comme un modèle de retenue démocratique, et la dérive cérémonielle de la présidence Trump. Outre-Atlantique, la presse européenne s’interroge : le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung parle d’une « novation » inquiétante, tandis que le Tages-Anzeiger suisse souligne le caractère inédit d’une telle mise en scène du pouvoir dans une démocratie libérale. Au Canada, Le Devoir rappelle qu’aucun premier ministre n’a jamais osé pareille appropriation des documents d’identité nationaux. Les médias du monde arabe, comme Sky News Arabia, y voient un précédent dangereux pour les régimes autoritaires, qui pourraient s’en inspirer.
Dans le même temps, l’érection d’une statue dorée de près de sept mètres représentant Trump le poing levé sur son golf de Doral, financée par un groupe de cryptomonnaies, renforce l’image d’un président qui mêle culte de la personnalité et marketing privé. Pour les observateurs asiatiques, notamment le South China Morning Post, cette dérive brouille la frontière entre fonction publique et propriété personnelle. La question qui se profile désormais est celle de l’après-Trump : si ce précédent s’ancre dans les institutions, chaque futur président pourrait revendiquer le droit d’imprimer son visage sur les passeports, transformant un document républicain en support de propagande individuelle. Le débat dépasse donc la simple anecdote estivale : il touche à la nature même du lien entre l’État et son chef, dans une Amérique où le symbole tend à primer sur la fonction.
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