
Le yen plonge sous 163 pour un dollar, son plus bas depuis 1986, et place Tokyo en état d’alerte
La devise japonaise a cédé face au billet vert, porté par les tensions au Moyen-Orient et la hausse des rendements américains, ravivant les spéculations sur une intervention des autorités nippones.
Le yen a franchi mardi 21 juillet le seuil de 163 pour un dollar, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis décembre 1986, selon les données rapportées par les agences Kyodo et Bloomberg. La monnaie japonaise s’échangeait autour de 163,20 yens en séance asiatique mercredi matin, après avoir touché 163,24 yens la veille à New York. Ce nouvel accès de faiblesse est directement lié, d’après les cambistes cités par l’agence Jiji Press, à un mouvement de repli vers le dollar, valeur refuge, alors que les forces américaines menaient leur onzième nuit consécutive de frappes contre l’Iran et que les rebelles houthis du Yémen menaçaient la navigation saoudienne en mer Rouge.
Face à cette dépréciation, le gouvernement japonais a réitéré sa disponibilité à agir. Le porte-parole du cabinet, Minoru Kihara, a déclaré que les autorités « répondr[aient] de manière appropriée chaque fois que cela [serait] nécessaire », sans toutefois préciser de mesures concrètes, rapporte le quotidien indonésien Jawa Pos. La ministre des Finances, Satsuki Katayama, avait déjà durci le ton la semaine précédente, selon le journal argentin Ámbito Financiero. Cette rhétorique, qualifiée de « tactique d’embuscade » par le quotidien économique indien The Economic Times, vise à maintenir les marchés sur le qui-vive sans dévoiler de seuil d’intervention. Tokyo était déjà intervenu massivement entre avril et mai, mobilisant 11 730 milliards de yens (environ 71,9 milliards de dollars) pour freiner la glissade, mais l’effet s’est estompé.
La pression sur le yen est alimentée par un faisceau de facteurs que les analystes de la Commonwealth Bank of Australia, cités par Sky News Arabia, résument ainsi : la persistance du conflit au Moyen-Orient soutient le dollar par son statut de valeur refuge et par sa corrélation positive avec les cours du brut. Le baril de Brent a touché un pic de six semaines à 91,99 dollars, tandis que les rendements des obligations du Trésor américain à 30 ans ont grimpé à 5,15 %, leur plus haut en deux mois, et que le taux à 10 ans s’est hissé à 4,64 %. Ce différentiel de taux avec le Japon, où la banque centrale maintient une politique ultra-accommodante, continue de peser sur la devise nippone, tout comme les inquiétudes récurrentes sur la santé des finances publiques japonaises.
Les économistes de HSBC, cités par The Economic Times, estiment qu’une nouvelle intervention est probable à court terme, mais qu’elle n’aura d’effet durable que si la Banque du Japon procède à plusieurs hausses de taux, si la Réserve fédérale américaine renoue avec un biais de baisse ou si la perception de la situation budgétaire nippone évolue. En l’état, leur scénario central table sur un dollar/yen enfermé dans un nouveau corridor de 160 à 165, plafonné par des interventions périodiques mais soutenu par des taux réels négatifs au Japon. Aucune opération officielle n’a pour l’heure été annoncée, et les marchés restent suspendus aux prochains indicateurs, notamment l’adjudication d’obligations américaines à 20 ans prévue mercredi.
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