
Meta et Microsoft sacrifient des milliers d’emplois sur l’autel de l’intelligence artificielle
En une seule journée, deux des plus puissantes entreprises de la planète ont fait savoir qu’elles se sépareraient, d’ici la fin du printemps, d’environ 15 000 salariés. Jeudi 23 avril, Meta a annoncé le licenciement de 10 % de ses effectifs, soit près de 8 000 personnes, tandis que Microsoft officialisait un plan de départs volontaires inédit qui concerne 7 % de sa main-d’œuvre américaine, c’est-à-dire quelque 8 750 collaborateurs. La coïncidence de calendrier dit une vérité douloureuse : l’intelligence artificielle, que les deux groupes décrivent comme leur priorité stratégique absolue, se finance désormais par une réduction accélérée de la masse salariale.
La méthode choisie par chacun éclaire pourtant deux cultures d’entreprise bien distinctes. À Menlo Park, la directrice des ressources humaines Janelle Gale a prévenu que les employés concernés connaîtraient leur sort le 20 mai, non sans reconnaître que « rester dans l’incertitude durant près d’un mois est extrêmement déstabilisant ». Les postes encore ouverts – environ 6 000 – ne seront pas pourvus. Mark Zuckerberg assume une logique de rendement : « Nous commençons à voir comment des projets qui nécessitaient auparavant de grandes équipes peuvent être réalisés par une seule personne très talentueuse », déclarait-il en amont, alors que Meta prévoit d’engloutir entre 115 et 135 milliards de dollars dans l’infrastructure d’IA en 2026.
Microsoft, de son côté, n’a jamais, en cinquante et un ans d’existence, proposé un programme de retraite volontaire. L’offre s’adresse aux salariés américains dont l’âge et l’ancienneté cumulés atteignent soixante-dix, jusqu’au rang de directeur. Ceux qui recevront une notification le 7 mai disposeront de trente jours pour accepter un package décrit comme « généreux » par la responsable des ressources humaines Amy Coleman, avec maintien de la couverture santé. Alors que la firme de Redmond subit une chute de 25 à 30 % de son titre en six mois et prépare un nouvel exercice fiscal en juillet, cette voie médiane lui évite la brutalité des licenciements massifs, tout en délestant les comptes.
La presse russe, de Dojd à The Bell en passant par Vedomosti, lit dans ces annonces un avertissement sur la fragilité des carrières dans les technologies. Les observateurs moscovites soulignent que Meta expérimente sur ses propres troupes un nouveau mode de management où l’IA remplace déjà les codeurs intermédiaires, rendant la voie royale de l’informatique ordinaire de plus en plus précaire. Le Figaro, en France, insiste sur le contraste humain : « le joli mois de mai aura un goût amer », écrit le quotidien, qui rappelle que les vagues de suppressions de postes se succèdent depuis 2022 dans la Silicon Valley sans que les gouvernements européens ne puissent véritablement en amortir les effets au-delà des frontières américaines.
Pour le lectorat francophone, ces décisions transcendent largement le cadre californien. Microsoft comme Meta emploient des milliers de personnes au Canada, notamment au sein du pôle d’intelligence artificielle de Montréal, ainsi qu’en Afrique du Nord, où des centres de développement et de modération de contenus assurent une présence stratégique. Si les suppressions annoncées restent, pour l’instant, circonscrites aux effectifs américains, la pression pour aligner partout les coûts sur les investissements en IA ira croissant, surtout lorsque les mêmes technologies permettent d’automatiser toujours plus de tâches cognitives. Le programme de départ volontaire de Microsoft pourrait même faire école : dans un secteur où la compétition pour les talents pointus en IA pousse les salaires des chercheurs à des niveaux extravagants, les anciens profils deviennent un luxe que les actionnaires ne sont plus disposés à financer. La grande bascule entre le capital humain et le capital algorithmique vient de connaître une nouvelle accélération. Loin d’un simple ajustement conjoncturel, ces annonces jumelles signent l’entrée dans une ère où les big techs assument de réduire leur empreinte humaine pour mieux régner sur l’avenir numérique.
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