
Mexico, déjà qualifié, transforme son dernier match de poule en fête nationale sous haute surveillance
La capitale mexicaine déploie un dispositif inédit – transports prolongés, scènes musicales, loi sèche ciblée – pour encadrer l’afflux de supporteurs avant Mexique-Tchéquie, tandis que des collectifs de disparus annoncent une marche vers le stade.
La sélection mexicaine aborde son troisième match du Groupe A du Mondial 2026 avec la sérénité d’une équipe déjà qualifiée pour les seizièmes de finale. La rencontre face à la Tchéquie, ce mercredi 24 juin au stade Ciudad de México, scellera la première place du Tri sans suspense arithmétique, mais elle concentre tous les regards des autorités de la capitale, qui redoutent moins le résultat sportif que les célébrations massives qu’il déclenchera.
Dès mardi, le gouvernement de Clara Brugada a annoncé une série de mesures visant à « décentraliser la joie » et à éviter les concentrations excessives qui, lors de la victoire contre la Corée du Sud, avaient laissé 40 tonnes de déchets sur le Paseo de la Reforma et des dégradations de mobilier urbain. Trente écrans géants seront répartis entre la Diana Cazadora, l’Ange de l’Indépendance et le Monument à la Révolution, tandis que trois « scènes footballistiques » proposeront mariachis et sonideros de 21 heures à 1 heure du matin. Le métro, le Metrobús et le train léger fonctionneront en horaire étendu jusqu’à une heure du matin, et 56 000 policiers seront mobilisés, dont 4 200 sur le seul corridor de Reforma.
La mesure la plus commentée reste l’instauration d’une « loi sèche » dans le périmètre A du Centre historique et dans cinq colonies de l’arrondissement Cuauhtémoc, du 24 juin à 15 heures jusqu’au lendemain 7 heures. La vente d’alcool à emporter y est interdite dans les supérettes et supermarchés, mais la consommation au verre reste autorisée dans les restaurants et les hôtels. Les médias mexicains rapportent que les petits commerçants, comme le propriétaire de l’épicerie « La Chatita » près du Monument à la Révolution, s’inquiètent d’un manque à gagner, la bière étant leur produit phare les soirs de match. Les autorités justifient cette restriction par la volonté de prévenir les rixes et les dégradations observées le 18 juin, tout en se défendant de tout « gouvernement punitif ».
En marge de cette liesse programmée, une autre mobilisation se prépare. Plusieurs collectifs de recherche de personnes disparues – Hasta Encontrarles, Luciérnagas, Mariposas Buscando Corazones y Justicia Nacional, Una Luz en el Camino – ont annoncé une marche depuis la station Textitlán du train léger vers le stade, entre 16 et 19 heures. Ils entendent profiter de la visibilité mondiale pour rappeler que la capitale compte près de 6 000 cas de disparition, dont plus de la moitié survenus ces trois dernières années. Le secrétaire au Gouvernement, César Cravioto, a indiqué qu’il dialoguerait personnellement avec les manifestants, tandis que des modules d’attention seront installés aux abords de l’enceinte sportive.
À travers ce déploiement logistique et sécuritaire, la ville de Mexico cherche à concilier ferveur footballistique et ordre public. La presse internationale, du Free Malaysia Today au Hamshahri iranien, relève l’ampleur des précautions prises par une métropole qui se sait observée. Pour le Tri de Javier Aguirre, l’enjeu sportif immédiat est mince : seul le maintien d’un parcours parfait est en jeu avant d’aborder la phase à élimination directe.
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