
« Michael » : le biopic aseptisé du roi de la pop écrase la critique sous un raz-de-marée commercial
Le paradoxe est à la mesure du mythe : vilipendé par une large partie de la critique internationale, le biopic « Michael » s’impose pourtant comme le phénomène cinématographique de l’année 2026. Dès son premier week-end d’exploitation, le film réalisé par Antoine Fuqua a engrangé près de 40 millions de dollars sur le sol américain pour la seule journée du vendredi, une performance qui le place en tête des meilleurs démarrages de l’année, derrière l’incontournable Super Mario Galaxy. À l’échelle mondiale, les projections évoquent une recette flirtant avec les 180 millions de dollars en quelques jours, de quoi amortir quasi instantanément un budget estimé à 200 millions. Ce raz-de-marée commercial rappelle que la ferveur pour le « King of Pop » reste planétaire, transcendant les continents et les générations.
Pourtant, le traitement réservé à cette vie filmée a suscité une levée de boucliers dans la presse nord-américaine. De New York à Los Angeles, les critiques dénoncent un produit aseptisé, une « infopublicité » de plus de deux heures verrouillée par les ayants droit. Le long-métrage, première partie d’un diptyque qui s’arrête prudemment en 1988 – avant les premières accusations d’abus sexuels sur mineurs –, est produit par la succession Jackson et voit défiler au générique la quasi-totalité des frères et sœurs de la star comme producteurs exécutifs. Même le choix de confier le rôle-titre à Jaafar Jackson, propre neveu de l’icône, renforce cette impression d’un récit sous contrôle familial, où l’ombre du scandale est soigneusement tenue à distance. La presse latino-américaine, du Mexique à l’Argentine, partage ce malaise : le quotidien El Sol de México regrette un film qui, à l’inverse du documentaire testamentaire « This is it », ne dévoile jamais les failles de l’homme derrière le personnage.
En Asie du Sud, le verdict des foules contraste avec celui des chroniqueurs. En Inde, le film a littéralement écrasé la concurrence hollywoodienne, y compris le très attendu « Project Hail Mary », enregistrant des recettes nettes supérieures de 70 % à ce dernier lors de son premier jour d’exploitation. Le bouche-à-oreille s’est nourri de l’enthousiasme de figures influentes de Bollywood : la chorégraphe et réalisatrice Farah Khan, icône de la danse à Bombay, a publiquement réclamé un Oscar pour la performance de Jaafar Jackson, balayant d’un revers de main les critiques négatives. Cet élan illustre la puissance persistante du soft power musical américain dans le sous-continent, où Michael Jackson est depuis des décennies une référence quasi religieuse.
Dans l’espace francophone, de Paris à Dakar en passant par Bruxelles et Montréal, le débat ne fait que s’ouvrir. La sortie européenne, encore à venir, testera la résistance d’un public réputé plus méfiant face aux hagiographies manufacturées. Les marchés africains francophones, où l’héritage de Jackson résonne avec force depuis les années 1980, pourraient à leur tour plébisciter le film en dépit de son parti pris éditorial. Mais la critique hexagonale, historiquement sensible aux dérives de l’industrie culturelle américaine, risque de questionner avec acuité la légitimité d’un biopic qui efface les zones d’ombre d’un destin tourmenté.
La suite du diptyque, déjà annoncée, s’avance donc sur une corde raide. Si la première partie a habilement esquivé la controverse pour maximiser les recettes et flatter la nostalgie, la seconde ne pourra durablement ignorer les accusations qui ont assombri la fin de carrière de l’artiste. L’équation entre la volonté de l’entourage de sanctuariser la mémoire et l’appétit du public pour une vérité plus complexe promet d’alimenter un débat qui dépasse le simple cadre du box-office.
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