
« Michael » : une biopic controversée entre ferveur des fans et réprobation critique
Alors que les salles obscures de Dubaï se transformaient en piste de danse lors de l’avant-première de « Michael », avec ses moonwalkers improvisés et ses gants à sequins, une tout autre partition se jouait dans les pages des critiques. Le biopic d’Antoine Fuqua, porté par Jaafar Jackson, neveu du défunt chanteur, suscite un contraste saisissant entre l’enthousiasme des foules et le verdict sévère de la presse. De l’avis général, le film offre un récit aseptisé de la vie du Roi de la Pop, gommant les scandales d’abus sexuels et l’addiction aux médicaments qui ont empoisonné son destin. Avec un score de 31 % sur Rotten Tomatoes, les observateurs anglo-saxons jugent l’œuvre « déprimante » et « superficielle », tandis que certains médias asiatiques y voient un conte de fées musical exaltant, une célébration de l’artiste au détriment de la vérité.
Ce clivage révèle des attentes divergentes selon les latitudes. Au Québec, l’accent est mis sur le savoir-faire technique : plus de trois cents artisans des studios montréalais (Cinesite, Rodeo FX, Folks, Alchemy 24) ont conçu les effets visuels du long-métrage, un apport salué par l’industrie locale après des années difficiles. En Amérique latine, où le film sort ce mois-ci au Mexique et en Argentine, la presse relève une œuvre « aséptique » mais prédit un succès commercial porté par la nostalgie et la qualité des reconstitutions musicales. L’Inde, marché clé, mise sur le lien familial entre Jaafar et Michael Jackson pour attirer un public friand de drames biographiques.
Du côté des producteurs, l’omission délibérée des zones d’ombre n’est pas un hasard : le film bénéficie du soutien de la succession Jackson et de proches collaborateurs, transformant l’écran en une machine à effacer la mémoire gênante. Cette stratégie divise : les puristes du cinéma y voient un manquement éthique, tandis que les fans, comme en témoigne l’effervescence dubaïote, réclament avant tout une célébration du génie. À l’heure où l’industrie musicale explore les relectures posthumes, « Michael » illustre les tensions irrésolues entre l’œuvre et l’artiste, entre le mythe et l’Histoire. Reste à savoir si le box-office imposera le silence aux détracteurs ou si, au contraire, la critique aura raison de ce récit lisse.
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