
Narges Mohammadi en soins intensifs : le régime iranien sous pression internationale
La lauréate du Nobel de la paix 2023, victime de deux arrêts cardiaques en prison, lutte pour sa vie à l’hôpital de Zanjan.
Le régime des ayatollahs se trouve une fois de plus acculé par la communauté internationale alors que Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023, se débat entre la vie et la mort dans un hôpital de Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran. Hospitalisée depuis le 1er mai après deux épisodes cardiaques survenus en détention, la militante des droits humains souffre d’un angor de Prinzmetal, une pathologie rare qui provoque des spasmes coronariens et peut entraîner un infarctus à tout moment. Son frère, depuis Oslo, a confié aux médias que sa famille redoute désormais un arrêt cardiaque irréversible. L’avocate de Mohammadi, Chirinne Ardakani, a confirmé au Devoir que son état demeure critique, sous assistance respiratoire, et que les médecins insistent sur l’urgence d’une angiographie, refusée jusqu’ici par les autorités pénitentiaires.
Cette crise sanitaire survient dans un contexte de répression généralisée, que la guerre en cours n’a fait qu’exacerber. Tandis que la communauté internationale — du Canada à la Belgique en passant par la France — multiplie les appels à une libération humanitaire, le pouvoir judiciaire iranien oppose un silence obstiné. La fondation Narges Mohammadi, basée en Europe, dénonce un retard délibéré dans la prise en charge médicale, accusant Téhéran de se servir de la santé des prisonniers politiques comme d’un levier de pression. Une tactique qui rappelle le sort d’autres figures de l’opposition, à commencer par Nasrin Sotoudeh, l’avocate des droits humains arrêtée en pleine nuit le 1er avril dernier par les services de renseignement iraniens. Sotoudeh, qui avait déjà subi des années de détention, de flagellation et d’interdiction professionnelle, incarne la stratégie systématique du régime visant à réduire au silence les défenseurs de la justice.
Sur le plan géopolitique, cette double affaire fragilise un peu plus la crédibilité de l’Iran sur la scène internationale. Les diplomaties européennes, et tout particulièrement les pays francophones, voient dans ce combat une épreuve de vérité pour les droits humains. Au-delà de l’émotion suscitée par le sort de Mohammadi, la persistance de la répression judiciaire et médicale interroge la capacité des démocraties à exercer une pression effective sur Téhéran. Alors que les appels à une action coordonnée se multiplient, le cas de Mohammadi risque de devenir un symbole durable de l’impuissance collective face à un régime qui mise sur l’usure du temps et l’épuisement des corps pour étouffer toute dissidence.
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