
La vie de Narges Mohammadi entre les mains de Téhéran : la Nobel en soins intensifs
L’état de santé critique de Narges Mohammadi, Prix Nobel de la paix 2023, a brusquement placé le régime iranien sous le feu des projecteurs internationaux. Hospitalisée en urgence vendredi après avoir perdu connaissance à deux reprises dans la prison de Zanjan, l’activiste de 54 ans lutte désormais en unité de soins intensifs cardiologiques, victime d’une « détérioration catastrophique » de son état, selon la fondation qui porte son nom. Les médecins pénitentiaires, dépassés, ont dû constater leur impuissance face à un arrêt cardiaque partiel et à des chutes de tension persistantes. Sa famille dénonce un transfert tardif, intervenu « à la dernière minute », et réclame son évacuation vers un hôpital spécialisé à Téhéran, estimant que les autorités ont attendu que sa vie soit en danger pour agir.
Le sort de cette physicienne de formation, emprisonnée depuis décembre 2025 pour « propagande contre le régime » et « collusion », illustre une fois de plus la stratégie répressive de la République islamique à l’égard des défenseurs des droits humains. Déjà condamnée à dix-huit ans de réclusion, elle purge en réalité une peine de huit années après une série d’arrestations liées à son combat pour les droits des femmes et contre la peine de mort. Ses problèmes cardiaques chroniques, aggravés par des mois de détention dans des conditions précaires, n’ont jamais été traités de manière adéquate, ce qui a conduit à cette crise.
À Oslo, le président du comité Nobel, Jorgen Watne Frydnes, n’a pas mâché ses mots : la vie de Narges Mohammadi, a-t-il déclaré, est désormais « entre les mains de l’Iran ». Un appel à sa libération immédiate et inconditionnelle a été lancé, repris par les capitales européennes. De Rome à Berlin, en passant par Paris et Bruxelles, les chancelleries et les organisations de défense des droits humains pressent Téhéran d’autoriser une prise en charge médicale indépendante. La presse italienne et allemande, tout comme les médias francophones du Canada et d’Afrique, soulignent le cynisme d’un régime qui avait déjà été condamné par la communauté internationale pour avoir refusé les soins à d’autres prisonniers politiques.
Au-delà de l’urgence humanitaire, cette affaire met en lumière la politique iranienne de répression systématique des voix dissidentes. Narges Mohammadi est devenue, depuis l’attribution du Nobel, un symbole de la résistance face à la théocratie, mais aussi un témoin gênant que les autorités cherchent à faire taire. Son hospitalisation tardive n’est pas un accident : elle s’inscrit dans une logique de négligence calculée, voire de punition par la détérioration de la santé. Les semaines à venir seront décisives : si le régime persiste à entraver l’accès aux soins spécialisés, le décès de la lauréate risquerait de provoquer une crise diplomatique majeure et de raviver les flammes de la contestation intérieure. Le monde retient son souffle, tandis que Téhéran joue une partie dangereuse avec une vie que le prix Nobel avait précisément voulu protéger.
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