
Négociations Iran-États-Unis : Trump annule la mission d'Islamabad, la paix en suspens
C'est par une annonce fracassante sur son réseau Truth Social que le président américain Donald Trump a sabordé, samedi 25 avril, le second round de pourparlers avec l'Iran qui devait se tenir à Islamabad sous médiation pakistanaise. « Trop de temps perdu en déplacements, trop de travail », a-t-il justifié en annulant le voyage de ses émissaires — son gendre Jared Kushner et le négociateur Steve Witkoff — quelques heures seulement après que le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, eut quitté la capitale pakistanaise pour Mascate. La veille encore, la Maison Blanche confirmait pourtant le déplacement de sa délégation, allant jusqu'à évoquer des « progrès » dans les échanges.
Cette rupture brutale masque une réalité plus complexe : Téhéran n'a jamais consenti à des discussions directes avec Washington. Dès son arrivée à Islamabad vendredi soir, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, avait catégoriquement exclu toute rencontre avec les Américains, précisant que les « observations » de l'Iran seraient transmises uniquement aux médiateurs pakistanais. Au cours de ses entretiens avec le premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l'armée, le maréchal Asim Munir — véritable architecte de la médiation —, Araghchi a exposé les exigences de Téhéran : levée du blocus naval américain qui étrangle les exportations pétrolières iraniennes et cessation définitive des hostilités.
Le chef de la diplomatie iranienne a ensuite entamé une tournée régionale qui l'a conduit à Mascate, autre médiateur historique entre Téhéran et l'Occident, avant une étape prévue à Moscou. Selon l'agence Irna, il devrait revenir à Islamabad dimanche soir, signe que le canal pakistanais n'est pas totalement fermé. Une partie de sa délégation est d'ailleurs rentrée à Téhéran pour « consultations » avant de regagner le Pakistan. Ce ballet diplomatique illustre la stratégie iranienne de morcellement des interlocuteurs, évitant soigneusement le face-à-face tout en maintenant ouverts plusieurs canaux de négociation indirecte.
Du côté des monarchies du Golfe, l'heure est à la défiance. S'exprimant devant l'Institut français des relations internationales, le conseiller diplomatique émirati Anwar Gargash a estimé que reconstruire la confiance avec l'Iran, après le lancement de quelque 2 800 missiles et drones, pourrait prendre « des générations ». Une mise en garde qui résonne à Bruxelles, où le président du Conseil européen, Antonio Costa, a exigé la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz, artère vitale du commerce énergétique mondial. Ces voix rappellent que le conflit dépasse largement le cadre bilatéral américano-iranien, menaçant l'ensemble des économies connectées aux routes maritimes du Golfe.
Pour l'heure, M. Trump assure que l'annulation de la mission ne signifie pas une reprise des frappes, tout en affirmant détenir « toutes les cartes ». Il a révélé avoir reçu, dix minutes après sa volte-face, une nouvelle proposition iranienne « bien meilleure », tout en la jugeant encore « insuffisante ». La reprise partielle des vols commerciaux à Téhéran, pour la première fois depuis le début du conflit il y a deux mois, constitue l'un des rares signaux encourageants dans une région suspendue entre guerre et paix. Mais ce jeu de poker diplomatique, où Washington impose un rapport de force permanent quand Téhéran refuse toute concession perçue comme une capitulation, laisse le fragile cessez-le-feu dans un équilibre éminemment précaire.
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Washington évoque un accord imminent sur le détroit d’Ormuz, Téhéran dément toute négociation directe
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