
Pénurie de soutien, IA, téléphones : l'école en quête d'équilibre
Au Manitoba, 81 % des enseignants dénoncent le manque de soutien. Entre interdiction des portables et essais de réalité virtuelle, les systèmes scolaires tâtonnent.
L'école publique manitobaine vacille sous le poids de classes toujours plus nombreuses et d'un soutien qui s'érode. Selon une enquête du Manitoba Teachers’ Society, 81 % des enseignants jugent insuffisants les moyens alloués pour répondre à la complexité croissante des besoins des élèves. Les conseillers d'orientation, psychologues et orthopédagogues, jadis présents en nombre, cèdent la place à une logique de compression budgétaire qui laisse les enseignants seuls face à des salles de classe hétérogènes.
Ce constat, loin d'être isolé, fait écho aux préoccupations qui traversent d'autres provinces et pays francophones. Au Québec, le défi est autre, mais tout aussi lancinant : l'irruption de l'intelligence artificielle dans les salles de cours prend de court un corps enseignant qui se dit « dans le brouillard » et « en attente » de directives claires. La ministre Sonia LeBel a bien confié à l'Institut national d'excellence en éducation le soin de définir la place de l'IA, mais les enseignants, eux, continuent de naviguer sans filet, entre déni et expérimentation tâtonnante.
Pendant ce temps, la question des téléphones portables à l'école agite les cantons suisses et les États américains. Une vaste étude menée sur plus de quarante mille établissements aux États-Unis entre 2019 et 2026 montre que l'interdiction des appareils réduit certes le temps d'écran, mais n'améliore pas les résultats scolaires. Pis, les mesures disciplinaires et le stress ont augmenté dans les écoles ayant imposé une prohibition stricte.
L'étude, menée par le chercheur Thomas S. Dee, nuance l'enthousiasme des parents et des législateurs : la solution n'est ni simple ni univoque. En Angleterre, pourtant, une autre voie se dessine.
Dans le borough de Sutton, à Londres, quinze collèges expérimentent des casques de réalité virtuelle pour offrir aux élèves anxieux – stress des examens, troubles de l'attention, difficultés familiales – un répit immersif de sept minutes. Le programme Phase Space ne prétend pas remplacer les ressources humaines, mais il illustre une recherche de solutions alternatives, là où les structures traditionnelles montrent leurs limites. Ces quatre fragments d'un même puzzle éducatif dessinent un paysage contrasté.
Au Manitoba comme au Québec, le cri d'alarme porte sur un manque de personnel et de clarté politique. En Suisse et aux États-Unis, l'engouement pour les interdictions technologiques se heurte à des résultats ambivalents. Au Royaume-Uni, l'innovation par la réalité virtuelle ouvre une piste, sans résoudre la question de fond : comment soutenir les enseignants et les élèves sans sombrer dans le solutionnisme technique ?
L'avenir de l'école passe moins par la multiplication des outils que par un réinvestissement dans les métiers de l'accompagnement. Sans cela, les réformes, qu'elles soient numériques ou réglementaires, risquent de n'être que des pansements sur une fracture qui se creuse.
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