
Peter Thiel à Buenos Aires : quand la Silicon Valley épouse le nouveau conservatisme argentin
L’arrivée de Peter Thiel en Argentine n’est pas un simple fait divers immobilier. Le cofondateur de PayPal et de Palantir, figure emblématique de la droite technolibérale américaine, a acquis une demeure à 12 millions de dollars dans le quartier cossu de Barrio Parque, à Buenos Aires, avant de s’entretenir avec Javier Milei à la Casa Rosada. Officiellement, la présidence n’a diffusé qu’une photo et un laconique communiqué. Mais dans un entretien accordé à une chaîne de streaming, Milei a qualifié la rencontre de « merveilleuse », confirmant que Thiel prévoit de séjourner deux mois dans le pays. Ce discret débarquement cristallise l’intérêt que suscite, dans les cercles de la tech américaine, l’expérience libertaire argentine.
Cette visite intervient dans un climat politique intérieur tendu. Tandis que le chef de cabinet Manuel Adorni fait l’objet de plaintes pour enrichissement illicite — notamment pour des vols à Punta del Este —, Milei a annoncé qu’il l’accompagnera personnellement au Congrès le 29 avril pour son rapport de gestion. Le président persiste à affirmer que « l’inflation va céder », malgré des indicateurs encore fragiles. La réunion de la « mesa política » gouvernementale, où siègent notamment Karina Milei et Santiago Caputo, a été repoussée au lundi, signe d’une stratégie de gestion de crise par le contrôle de l’agenda.
Au-delà des soubresauts domestiques, le geste de Thiel s’inscrit dans une recomposition idéologique plus large. Depuis la Silicon Valley, où le libertarianisme autoritaire de Thiel côtoie le national-populisme de Milei, l’Argentine est perçue comme un laboratoire de dérégulation radicale. En Europe francophone, des observateurs soulignent la porosité croissante entre les réseaux libertariens américains et les nouvelles droites sud-américaines. Au Canada comme en Belgique, ce rapprochement alimente les débats sur la financiarisation de la politique et l’influence des géants de la donnée.
À court terme, la présence de Thiel pourrait renforcer la crédibilité du modèle Milei auprès des investisseurs internationaux, au moment où le FMI et les marchés observent la trajectoire argentine. Mais elle pose aussi la question des contreparties : accès privilégié aux données publiques, infrastructures de surveillance ou concessions minières ? Le secret qui entoure ces échanges laisse planer le doute. Alors que le gouvernement mise sur une relance par les capitaux extérieurs, l’alliance avec un entrepreneur dont le logiciel Palantir est utilisé par les services de renseignement américains pourrait transformer Buenos Aires en avant-poste d’un conservatisme technologique global. Reste à savoir si les Argentins, déjà éprouvés par l’austérité, accepteront ce nouveau partenaire sans en connaître le prix.
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