
La fin des boucliers énergétiques met l’économie mondiale sous tension
Le 1ᵉʳ mai, les automobilistes italiens verront s’évanouir la remise de 24,4 centimes d’euro par litre de carburant instaurée pour les prémunir du choc pétrolier provoqué par la guerre contre l’Iran. Dès le lendemain, le diesel flambera à plus de 2,30 euros le litre, devenant le plus cher de l’Union européenne, tandis que l’essence frôlera les 2 euros, au-dessus de la moyenne communautaire. Ce coup de frein brutal au pouvoir d’achat illustre une rupture plus large : partout, les États peinent à prolonger les amortisseurs budgétaires alors que le baril de brut campe au-delà des 100 dollars.
Au Mexique, où la cherté du pétrole se répercute directement sur les prix à la pompe, le gouvernement fédéral a certes remis en vigueur des stimulants fiscaux – 1,05 peso par litre d’essence ordinaire et 2,44 pesos pour le gazole, durant la dernière semaine d’avril 2026. Mais cette perfusion ne suffit pas à calmer un feu qui se propage bien au-delà des stations-service. Selon les observateurs mexicains, le panier alimentaire de base a franchi la barre des 2 100 pesos, tiré par la flambée des prix du jitomate, de la pomme de terre et du piment, et alourdi par l’insécurité et les coûts logistiques dopés aux hydrocarbures.
Face à cette pression sociale, la présidente Claudia Sheinbaum mise sur un accord avec les exploitants de stations-service pour abaisser les commissions sur les paiements par carte et ainsi faire refluer le diesel vers 28 pesos le litre. Pourtant, les marges de manœuvre sont étroites. La croissance, elle, n’offre aucun répit.
L’indicateur mensuel de l’activité (IGAE) a progressé d’un infime 0,1 % en février, occultant une contraction du secteur primaire et des services. Les analystes de la place financière mexicaine, notamment chez Banamex, en déduisent que le premier trimestre de 2026 s’est soldé par un recul du PIB de l’ordre de 0,6 % en rythme trimestriel. Et l’inflation, bien qu’en décélération à 4,5 % sur un an à la mi-avril, s’accroche obstinément au-dessus de la cible de la banque centrale, laminant le revenu des ménages.
Cette conjonction de stagnation et de vie chère n’est pas une singularité latino-américaine. L’Argentine offre un contrepoint fragile : dans la troisième semaine d’avril, les prix alimentaires n’ont grimpé que de 1,4 %, compensant les faibles variations des semaines précédentes. Les cabinets privés anticipent une inflation mensuelle inférieure à 3 % pour avril, contre 3,4 % en mars, un reflux qui, s’il se confirme, validerait l’hypothèse gouvernementale d’une décrue progressive.
Reste que cette embellie, portée par une trêve des produits laitiers et des fruits, dépend étroitement de la stabilité des changes et de la confiance des marchés, deux variables aussi instables que le contexte pétrolier mondial. En Europe comme en Amérique latine, la fin des aides ciblées et la persistance d’un brut onéreux exposent les gouvernements à une équation insoutenable : protéger le pouvoir d’achat sans creuser davantage des déficits déjà sous surveillance. Les prochains mois diront si les interventions ciblées – négociations sectorielles au Mexique, détaxations ponctuelles au sud du Río Bravo – suffiront à éviter une contagion sociale de type « gilets jaunes » des deux côtés de l’Atlantique.
Pour l’heure, l’amorce de désinflation argentine ne trompe qu’à moitié : dans un monde où l’énergie reste le talon d’Achille des économies émergentes et avancées, chaque centime de subvention qui s’éteint rallume la mèche de la grogne.
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