
Rente et fiscalité : le gouvernement Merz pris en tenaille entre réformes et fronde interne
C’est une petite phrase qui a provoqué un séisme au sein de la CDU. En déclarant que la retraite ne serait plus qu’une « prestation de base », le chancelier Friedrich Merz a déclenché une levée de boucliers dans son propre camp. L’Union des seniors, puissante aile interne du parti, a pris ses distances avec cette vision jugée attentatoire à la dignité des cotisants de longue durée.
Son président, Hubert Hüppe, a rappelé que quiconque a travaillé quarante-cinq ans doit obtenir bien plus que le minimum vieillesse, sous peine de dissuader l’effort au travail. Ce désaveu public illustre les fractures qui traversent la coalition noire-rouge, où chaque annonce de réforme sociale se heurte à des résistances venues de l’intérieur même du pouvoir. La controverse sur les retraites n’est pas isolée.
À peine quelques jours plus tard, un plan de réforme de l’impôt sur le revenu, présenté par des députés CDU et CSU comme une « XL-Entlastung » – une détente fiscale de 30 milliards d’euros – a reçu un accueil glacial de la part de la direction régionale bavaroise. La CSU, par la voix de son chef de groupe Alexander Hoffmann, a pris ses distances, préférant une discussion interne avant tout engagement public. Cette double dissension politique intervient alors que l’Allemagne traverse sa plus longue phase de stagnation économique depuis la réunification.
Les caisses publiques sont sous tension démographique, et les dépenses sociales, qu’elles soient financées par les cotisations ou l’impôt, grèvent de plus en plus l’investissement productif. Les analystes berlinois observent que le gouvernement, au lieu d’avancer vers une refonte systémique de l’État-providence, régresse vers des positions défensives. Pendant ce temps, d’autres pays européens – de la France à la Belgique – affrontent des dilemmes analogues, entre la nécessité de maintenir des systèmes de solidarité intergénérationnelle et l’urgence de redonner des marges de manœuvre à l’économie.
La question qui se pose désormais est celle de la crédibilité de la CDU, qui promettait des allégements et livre des contraintes. Faute de consensus interne, Merz risque de voir son agenda réformateur s’enliser, tandis que l’opinion publique, elle, attend des actes face à une conjoncture qui ne pardonne plus l’immobilisme.
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