
Scrutin municipal palestinien : un premier vote à Gaza depuis vingt ans sous le signe du désenchantement
Pour la première fois depuis la guerre de Gaza, les Palestiniens de Cisjordanie et d’une enclave du centre de l’enclave côtière se sont rendus aux urnes samedi 25 avril, à l’occasion d’élections municipales au champ politique singulièrement rétréci. À Deir el-Balah, environ 70 000 électeurs étaient appelés à désigner leurs conseillers – un acte anodin ailleurs, mais qui rompt ici avec deux décennies d’absence totale de consultation populaire. Depuis le coup de force du Hamas en 2007, qui avait chassé l’Autorité palestinienne de la bande, aucune élection n’y avait été organisée, et les jeunes générations n’avaient jamais vu de banderoles électorales. Le scrutin, piloté par la Commission électorale centrale de Ramallah, concerne aussi 1,5 million d’inscrits en Cisjordanie occupée, où le vote n’avait plus eu lieu depuis 2022.
Ce retour aux urnes reste toutefois enserré dans un corset partisan étriqué. Aucune liste ne se réclame ouvertement du Hamas, rival islamiste du Fatah : les candidats doivent au préalable reconnaître la légitimité de l’Organisation de libération de la Palestine, condition posée par l’Autorité palestinienne qui contrôle les fragments de Cisjordanie échappant à l’occupation directe israélienne. Plusieurs factions – dont le Hamas mais aussi d’autres formations critiques – ont boycotté le processus, dénonçant un cadre verrouillé. Les listes en lice sont pour l’essentiel alignées sur le Fatah du président Mahmoud Abbas ou étiquetées « indépendantes ». À 13 heures locales, le taux de participation ne dépassait pas 24,53 %, signe d’une profonde désillusion.
Depuis les capitales européennes, on observe ce rendez-vous avec une prudente distance. Les images de bureaux quasi déserts à Al-Bireh et à Deir el-Balah, diffusées par les agences, illustrent, selon les analystes suisses et italiens, la fracture béante entre une Autorité palestinienne vieillissante et une population exténuée par les privations. Les médias canadiens soulignent pour leur part le caractère vécu comme symbolique de cette élection à Gaza : des électeurs y confient n’avoir « entendu parler d’élections que depuis leur naissance », sans jamais en voir. À Tel-Aviv, on rappelle que le vote s’inscrit parmi les réformes réclamées par le plan de paix américain pour l’après-guerre, mais que l’absence de tout bulletin portant la marque du Hamas réduit la portée du scrutin, tandis qu’à Washington des experts mettent en garde contre une répétition du scénario de 2006, où l’insistance américaine sur des élections avait porté les islamistes au pouvoir.
La dimension géopolitique immédiate apparaît dans la coïncidence avec les pourparlers du Caire sur la deuxième phase du plan Trump, qui prévoient le désarmement du Hamas et le retrait des troupes israéliennes. L’enjeu pour l’Autorité palestinienne est de réaffirmer une souveraineté, même symbolique, sur un territoire ruiné, afin de peser dans les négociations. Mais l’effet d’affichage risque de tourner court. À Deir el-Balah, où l’infrastructure est exsangue et où la population survit à peine, le dialogue électoral paraît déconnecté de l’urgence humanitaire. Les observateurs européens et maghrébins notent que la légitimité des futurs édiles dépendra moins des urnes que de leur capacité à reconstruire et à incarner une alternative au Hamas sur le terrain – un pari dont l’issue dépend autant de la communauté internationale que de dynamiques locales aujourd’hui verrouillées par la méfiance.
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