
Sécheresse, guerre et abandon des aides : la Corne de l’Afrique au bord du gouffre humanitaire
Quinze ans après la famine qui fit plus de 257 000 morts en Somalie, un nouveau désastre humanitaire s’annonce dans la Corne de l’Afrique, où la convergence de la sécheresse, des conflits régionaux et de l’effondrement des financements internationaux dessine une tragédie aux proportions inédites. Le nombre de Somaliens confrontés à une insécurité alimentaire de crise a presque doublé en un an pour atteindre 6,5 millions de personnes, selon les projections, une flambée directement corrélée à la chute brutale de l’aide étrangère en 2025 et aux mauvaises pluies attendues. Les humanitaires européens, qui ont vu leurs propres budgets rognés par les priorités de défense et la lassitude des donateurs, qualifient la situation de point de bascule silencieux.
Le retrait des financements ne fait pas que réduire les distributions alimentaires : il prive des millions d’enfants de la prise en charge nutritionnelle qui les maintenait en vie. Près d’un demi-million d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë sévère en Somalie, et la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran vient d’aggraver brutalement leur sort. Les perturbations des routes maritimes provoquent des pénuries d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, obligeant les cliniques à trier les patients et à refuser les cas les plus désespérés, une scène qui rappelle les heures les plus sombres de 2011.
Dans les capitales d’Afrique de l’Est, on souligne amèrement que la Somalie paie le prix d’une guerre qui ne la concerne pas, tandis que les regards du monde restent aimantés par le Moyen-Orient. La résurgence de la piraterie au large des côtes somaliennes – un pétrolier et un cimentier ont été détournés récemment par un nouveau groupe d’« opportunistes criminels » opérant depuis le Puntland – ne fait qu’épaissir le brouillard logistique. Vue de Bruxelles ou de Paris, la piraterie réveille le spectre de l’instabilité maritime des années 2000, avec son coût faramineux pour le commerce mondial, mais c’est d’abord la livraison de l’aide d’urgence qui est menacée.
Au Soudan du Sud voisin, le tableau n’est guère plus rassurant : deux tiers de la population, soit près de 7,9 millions de personnes, risquent de basculer dans une insécurité alimentaire aiguë durant la prochaine soudure, pendant que les combats entre forces loyales au président Salva Kiir et milices de l’opposition s’intensifient. Dans l’État du Jonglei, des villages entiers sont coupés de toute assistance, et des témoins racontent comment les autorités ont refusé aux humanitaires l’accès à la communauté de Nyatim, pourtant frappée par des morts évitables. Les analyses venues d’Addis-Abeba et de l’Union africaine pointent une instrumentalisation croissante de l’aide comme arme de guerre, une tendance qui, au Darfour soudanais, prend des proportions effroyables.
L’UNICEF alerte sur une nouvelle génération d’enfants exposée aux pires violences depuis 2005 : depuis avril 2024, plus de 1 500 violations graves ont été vérifiées à El Fasher, où plus de 1 300 enfants ont été tués ou mutilés lors du siège de la ville par les forces paramilitaires. Le rapport Child Alert rappelle que les maisons, les écoles et les hôpitaux sont redevenus des cibles, et que le désintérêt international laisse le champ libre aux bourreaux. La perspective d’une catastrophe régionale dépasse désormais le seul cadre africain.
Des capitales francophones, Ottawa à Paris en passant par Bruxelles, les experts anticipent de nouvelles vagues de déplacements forcés vers l’Europe et l’Afrique du Nord, alors que les budgets de coopération sont en repli. L’équation est amère : les mêmes chancelleries qui évoquent la « menace migratoire » réduisent les financements qui permettraient d’atténuer les causes profondes de l’exil. Sans un réengagement massif et une pression diplomatique coordonnée sur les parties aux conflits, la Corne de l’Afrique pourrait s’enfoncer dans une famine plus meurtrière encore que celle de 2011, avec des conséquences sécuritaires et politiques qui déborderont bien au-delà de la région.
La fenêtre d’action se referme alors que la mousson s’annonce déficitaire, et que les enfants malnutris continuent d’être refoulés à la porte de cliniques vides.
Élargis ton regard
Washington révoque le visa de l’ambassadrice du Brésil, Brasilia dénonce une ingérence électorale
3 langues · 43 sources
Depuis Economy & MarketsLa guerre au Proche-Orient propulse les bénéfices des majors pétrolières à des sommets
2 langues · 21 sources
Depuis TechnologyUn étage de fusée Falcon 9 de SpaceX s'écrase sur la Lune, confirmé par plusieurs observatoires
5 langues · 29 sources