
Sinaloa : le gouverneur Rocha Moya s’efface face aux accusations américaines, une crise politique en germe
C’est une procédure éclair, menée en moins de deux heures, qui a scellé le sort immédiat de l’exécutif sinaloense. Samedi 2 mars, le Congrès de l’État de Sinaloa a accordé à l’unanimité une licence temporaire de trente jours au gouverneur Rubén Rocha Moya, tout en désignant Yeraldine Bonilla Valverde, secrétaire générale du gouvernement, comme gouverneure intérimaire. Cette décision fait suite à une onde de choc provoquée par le Department of Justice américain, qui accuse M.
Rocha et neuf autres personnes – dont plusieurs cadres du parti Morena – de liens avec le cartel de Sinaloa et de complicité dans le trafic de stupéfiants vers les États-Unis. Le mandataire sortant, qui clame son innocence et évoque des accusations « fausses et dolosives », a justifié son départ par la volonté de « faciliter l’action des autorités mexicaines ». Une manœuvre qui, selon l’opposition, ne saurait suffire : elle réclame désormais le retrait du fuero, cette immunité procédurale que la licence préserve, selon une lecture contestée par l’ancien ministre de la Cour suprême Arturo Zaldívar, pour qui un élu en congé perd cette protection.
La FGR, tout en refusant la demande d’extradition formulée par Washington, a ouvert une enquête nationale. Dans ce contexte, la solidarité affichée par la nouvelle gouverneure intérimaire – qui a défendu son prédécesseur en affirmant que « l’immense majorité du peuple de Sinaloa sait que ces accusations sont fausses » – contraste avec les remous que suscite, dans les milieux politiques mexicains et au-delà, la révélation d’un vieux commentaire misogyne de Rocha Moya à l’encontre de Bonilla, qu’il avait publiquement qualifiée de « serveuse de cantine ». Cet épisode ravive les tensions au sein d’un État déjà meurtri par la violence des cartels.
Du point de vue géopolitique, cette affaire expose les fragilités de la relation bilatérale entre Mexico et Washington, où l’administration américaine entend durcir sa lutte contre le narcotrafic en ciblant directement des responsables politiques. Pour les observateurs francophones, notamment en Afrique et en Belgique, ce cas illustre les dilemmes des démocraties latino-américaines prises entre la pression extérieure, les impératifs de souveraineté judiciaire et la préservation de la paix sociale. Le prochain mois sera décisif : la FGR devra produire des preuves, Rocha Moya joue sa survie politique, et le Morena teste sa capacité à contenir une crise qui pourrait ébranler l’exécutif de Claudia Sheinbaum.
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