
Les frappes israéliennes se multiplient au Sud-Liban tandis que le Hezbollah importe la guerre des drones ukrainiens
L’accord de cessez-le-feu conclu en mars entre Israël et le Hezbollah n’est plus qu’une fiction. Dimanche, l’armée israélienne a ordonné l’évacuation de onze localités du Sud-Liban, déclenchant une nouvelle vague de frappes aériennes – plus d’une cinquantaine en vingt-quatre heures – qui ont tué au moins une personne et blessé plusieurs secouristes affiliés au Hezbollah. Ces opérations, justifiées par Tsahal comme une réponse aux « violations répétées » de la trêve par la milice chiite, illustrent l’enlisement d’un conflit que rien ne semble pouvoir désamorcer.
La nature même des combats s’est transformée. Le Hezbollah, affaibli militairement et politiquement par les pertes subies depuis le début de l’année, a importé une tactique directement issue du front ukrainien : les drones FPV (first person view). Ces engins, bon marché et difficilement interceptables, harcèlent les troupes israéliennes déployées au Sud-Liban, causant des dizaines de blessés et la mort d’un soldat la semaine dernière. En Israël, des voix critiques dénoncent un manque d’anticipation face à une menace pourtant bien documentée, tandis que le Premier ministre Benyamin Netanyahou a annoncé la mise en place d’un « projet spécial » pour contrer ces drones, tout en reconnaissant qu’il faudra du temps. Des observateurs israéliens évoquent également la recherche d’un « feu vert » de l’administration Trump pour étendre les frappes jusqu’à Beyrouth.
De l’autre côté de la frontière, le Hezbollah paie un lourd tribut. Les estimations internes, rarement divulguées, font état de plusieurs milliers de combattants tués, d’une partie de sa base sociale déplacée et d’une occupation israélienne qui s’installe dans le sud. Sur le plan politique, l’opposition libanaise durcit son discours contre le statut d’acteur armé du parti, perçu comme une menace existentielle pour la souveraineté nationale. Le gouvernement de Beyrouth a d’ailleurs engagé, en avril, des négociations directes avec Israël – une première en plusieurs décennies – que le Hezbollah promet de « faire échouer ». Un député du mouvement, Hassan Fadlallah, a ainsi déclaré que la « résistance » saborderait tous les objectifs de ces discussions.
Dans les capitales européennes, l’inquiétude grandit face à une escalade qui pourrait embraser toute la région. Paris et Bruxelles, tout en condamnant les violations du cessez-le-feu, redoutent un embrasement qui provoquerait une nouvelle crise migratoire et déstabiliserait davantage le Moyen-Orient. Des voix s’élèvent aussi en Belgique et au Canada francophone pour appeler à une médiation urgente, inspirée du précédent ukrainien. À l’heure où le Hezbollah cherche à inverser son déclin en s’alignant plus étroitement sur Téhéran, et où Israël semble tenté d’élargir le conflit, tout espoir de retour au calme paraît suspendu à un équilibre fragile entre démonstration de force et calcul stratégique.
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