
Téhéran brandit la menace d’une frappe totale contre les Émirats, Abu Dhabi dénonce une escalade inédite
L’Iran prévient qu’aucune installation émiratie ne sera épargnée en cas d’action « irraisonnable ». Abu Dhabi riposte en dénonçant des propos « hostiles » et défend sa souveraineté.
La crise entre l’Iran et les Émirats arabes unis a franchi un seuil inédit. Un haut responsable du Corps des gardiens de la révolution islamique, cité par l’agence Tasnim, a averti qu’en cas d’« action irraisonnable » d’Abu Dhabi, « tous les intérêts émiratis deviendront des cibles » et « aucun point des installations ne sera à l’abri ». Cette déclaration, la plus explicite jamais proférée par Téhéran contre la monarchie du Golfe, intervient alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz ne cessent de monter. Le commandement central Khatam al-Anbiya a renchéri en qualifiant les Émirats de « repaire des ennemis du monde islamique » – sous-entendu les États-Unis et Israël – et promis une « réponse écrasante et cuisante » si une attaque partait de leur sol.
Abu Dhabi a immédiatement riposté sur le plan diplomatique. Le ministère des Affaires étrangères émiratie a condamné « dans les termes les plus forts » les déclarations iraniennes, qualifiées d’« hostiles », et réaffirmé son rejet de « toute allégation ou menace portant atteinte à la souveraineté, à la sécurité nationale ou à l’indépendance de décision ». Le texte insiste sur le caractère souverain des partenariats de défense du pays et rappelle que tout discours menaçant « viole les principes de bon voisinage, le droit international et la charte des Nations unies ». Les Émirats se réservent « tous leurs droits souverains, juridiques, diplomatiques et militaires » pour répondre à toute agression.
Cette escalade verbale s’inscrit dans le contexte des manœuvres navales américaines récentes dans le Golfe. Selon des informations relayées par des sources proches de la Maison-Blanche, Washington a prévenu Téhéran de ne pas interférer dans une opération baptisée « Projet Liberté », visant à escorter des navires marchands dans le détroit d’Ormuz. L’Iran, par la voix de son ministère des Affaires étrangères, a dénoncé « la complicité flagrante des dirigeants d’Abou Dhabi avec l’agresseur américain » et les a mis en garde contre les « conséquences dangereuses pour la paix et la stabilité régionales ». Téhéran affirme avoir fait preuve de « retenue maximale » face à ce qu’il présente comme des provocations.
Du côté européen, les chancelleries suivent avec inquiétude cette confrontation qui pourrait embraser une région déjà fragile. Paris, Bruxelles et Ottawa – dont les ressortissants et les intérêts économiques sont présents aux Émirats – multiplient les appels à la désescalade, sans pour autant prendre parti. La Belgique, où siègent plusieurs institutions liées au transport maritime, redoute une perturbation des flux énergétiques. À ce stade, l’équilibre semble tenir à un fil. Si l’Iran a haussé le ton, il sait que frapper les Émirats reviendrait à ouvrir un front coûteux. Mais en qualifiant Abu Dhabi de « maison de verre très fragile », les gardiens de la révolution montrent qu’ils jugent le régime émirati vulnérable à une pression psychologique et militaire. L’avenir proche dépendra de la capacité des deux capitales à traduire leurs postures belliqueuses en canaux diplomatiques – ou à sombrer dans une logique de riposte qui pourrait échapper à tout contrôle.
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