
Téhéran confirme trois exécutions alors que l'économie iranienne s'effondre sous le poids de la guerre
La confirmation des peines capitales pour trois jeunes hommes arrêtés lors des manifestations de janvier dernier par la Cour suprême iranienne constitue le signal le plus brutal de la répression qui se durcit à Téhéran. Ehsan Hosseinipour, Matin Mohammadi et Erfan Amiri, dont les procès s'étaient déroulés sous la présidence du juge Iman Afshari, ont vu leur condamnation à mort entérinée et transmise aux services d'exécution. Les témoignages recueillis auprès de leurs proches indiquent que le premier d'entre eux avait avoué sous la torture, pratique systématique dans les geôles de la République islamique. Alors que la trêve avec Israël a suspendu les combats directs, le régime semble vouloir frapper un grand coup à l'intérieur, comme pour dissuader toute velléité de contestation sociale dans un contexte économique qui se dégrade à vue d'œil.
Car la pause militaire n'a pas apporté le moindre répit aux Iraniens. Les témoignages de citoyens ordinaires, recueillis dans des provinces aussi diverses que l'Azerbaïdjan oriental ou le Khorassan, dressent un tableau saisissant de désindustrialisation. Dans la zone industrielle de Salimi, près de Tabriz, seules soixante usines sur mille cinq cents fonctionnent encore, et celles-ci ne tiennent que grâce à des commandes publiques. Les autres ont fermé avant le Nouvel an persan, laissant des milliers d'ouvriers sans revenu. Des entreprises de transport, jadis florissantes, mettent la clé sous la porte. Dans le secteur privé, les licenciements massifs touchent en priorité les départements export, marketing numérique et médias. Même les fonctionnaires, dont les salaires étaient jusqu'ici garantis, subissent désormais des retards de paiement et la suppression de leurs primes. Cette crise sociale, si elle venait à s'aggraver, pourrait transformer le mécontentement latent en une nouvelle révolte, d'autant que la trêve n'a pas allégé le poids des sanctions.
Sur le plan diplomatique, l'Iran cherche des appuis ailleurs. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, doit se rendre à Islamabad ce vendredi soir avec une petite équipe, selon des sources concordantes de Reuters et Al Arabiya. Ce déplacement vise à consolider les liens avec le Pakistan, un allié ambigu qui oscille entre pressions occidentales et solidarité islamique. Parallèlement, Téhéran a démenti les accusations de Donald Trump selon lesquelles une cargaison d'un navire iranien saisi serait destinée à la Chine. Pékin a également rejeté ces allégations, soulignant que le commerce maritime entre les deux pays reste légal. Ce ballet diplomatique révèle l'isolement croissant de l'Iran, qui tente de maintenir des canaux ouverts avec Pékin et Islamabad alors que ses propres infrastructures économiques s'effondrent.
La question qui se pose désormais, alors que le printemps iranien approche, est celle de la capacité du régime à conjuguer répression judiciaire et survie économique. L'exécution imminente des trois jeunes hommes risque de galvaniser l'opposition en exil, notamment parmi les diasporas francophones de Bruxelles, Montréal et Paris, où les comités de soutien se mobilisent. Mais à l'intérieur, l'urgence est ailleurs : comment payer les salaires, relancer les usines, éviter une famine urbaine ? Les signaux en provenance de Téhéran sont contradictoires : d'un côté, la fermeté judiciaire ; de l'autre, une diplomatie fébrile. La fragile trêve pourrait ne pas résister à l'onde de choc d'une exécution massive, d'autant que les partenaires régionaux, du Qatar à la Turquie, observent avec inquiétude l'implosion d'un Iran dont la stabilité conditionne l'équilibre du Moyen-Orient.
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