
Tensions géopolitiques et pétrole : les Bourses émergentes vacillent de Bombay à Moscou
Les Bourses indienne, brésilienne et russe ont chuté sous l’effet des tensions américano-iraniennes et de la volatilité pétrolière, tandis que les marchés anticipent un accord fragile au Proche-Orient.
La défiance gagne les marchés émergents alors que l’escalade entre Washington et Téhéran ravive les craintes d’une crise énergétique mondiale. En Inde, le Sensex a cédé plus de 500 points ce vendredi, tombant sous les 77 400 points, tandis que le Nifty 50 reculait de 150 points pour clôturer à 24 176. L’indice de volatilité India VIX a bondi de 2 %, témoignant de l’anxiété des investisseurs. Les valeurs bancaires ont essuyé les plus lourdes pertes : l’action de la State Bank of India a chuté de 7 %, entraînant dans son sillage HDFC Bank, Bajaj Finance et Axis Bank. En revanche, le compartiment des technologies de l’information a progressé de 1 %, et les indices des petites capitalisations ont fait preuve d’une relative résilience, signe que la déroute n’est pas généralisée. Cette dégradation fait suite à la remontée du pétrole brut, le Brent frôlant les 101 dollars le baril, alimentée par les risques de perturbation des approvisionnements dans le détroit d’Ormuz.
Au Brésil, l’Ibovespa a chuté de 2,38 %, à 183 218 points, son plus bas niveau depuis fin mars, plombé par la chute des cours pétroliers. Paradoxalement, la perspective d’une trêve temporaire entre les États-Unis et l’Iran a fait baisser le brut, ce qui a pénalisé les actions des compagnies pétrolières brésiliennes, lourdes dans l’indice. Le real est resté quasi stable, mais l’aversion au risque domine, les investisseurs scrutant les négociations diplomatiques. Moscou n’est pas en reste : l’indice MOEX est repassé sous la barre des 2 600 points, un seuil psychologique déjà testé quelques jours plus tôt et perdu depuis novembre 2025. Les valeurs les plus touchées sont celles de la mine d’or Ioujnoouralzoloto (–4,3 %), de la banque MKb (–3,1 %) et d’Aeroflot (–2,8 %). La chute s’explique à la fois par l’incertitude géopolitique – le ministère russe de la Défense a accusé Kiev de violer la trêve de la Victoire – et par l’approche de longs week-ends fériés, qui incite les opérateurs à dénouer leurs positions.
Ces mouvements simultanés révèlent une fragilité commune : les marchés financiers des grandes économies émergentes sont pris en tenaille entre les soubresauts du conflit irano-américain et les aléas d’une guerre prolongée en Ukraine. À Bombay comme à São Paulo ou à Moscou, la même question hante les analystes : un accord entre Washington et Téhéran suffira-t-il à stabiliser les cours pétroliers et à rassurer les investisseurs ? Rien n’est moins sûr, car les négociations restent incertaines et la trêve annoncée pourrait n’être que temporaire. L’avenir immédiat dépendra de la capacité des belligérants à désamorcer la tension dans le détroit d’Ormuz et, plus largement, d’une conjoncture internationale où chaque flambée énergétique se répercute en chaîne sur les devises, les taux et les actions des pays périphériques.
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