
Trêve précaire, flambée des prix : le pain quotidien des Iraniens plus amer que jamais
Malgré un cessez-le-feu, l'économie iranienne s'enfonce dans une crise où le panier de base frôle les quatre millions de tomans et le riz les 700 000.
La trêve à peine proclamée, c'est une onde de choc qui submerge le marché iranien. Alors que les canons se taisaient, le prix des denrées alimentaires a bondi de façon brutale, effaçant le relatif répit que la guerre avait paradoxalement offert aux prix. L'accalmie des combats a libéré une pression monétaire longtemps contenue, précipitant une flambée que les autorités peinent à endiguer.
Le panier de onze produits de base – riz, huile, œufs, volaille, viande rouge – atteint désormais 3,78 millions de tomans, tandis que l'allocation « kala barg » versée aux ménages plafonne à un million, soit un tiers à peine du coût réel. Le riz de production nationale, lui, approche les 700 000 tomans le kilo, un seuil psychologique que beaucoup jugent insoutenable pour des salaires déjà laminés par l'inflation. Cette envolée ne doit rien au hasard : elle conjugue les effets saisonniers du ramadan, la dépréciation continue du rial face au dollar et la hausse des coûts de transport et de production, comme le soulignent les syndicats de commerçants de Téhéran.
Mais au-delà des mécanismes conjoncturels, c'est toute la structure de régulation qui vacille. La disparition du taux de change subventionné, décidée il y a cinq mois, a creusé le fossé entre le prix officiel et le prix réel, et le filet social censé amortir le choc n'a pas été revalorisé. Les conséquences se lisent dans les récits qui affluent des provinces : à Sari, à Téhéran, sur l'île de Kish, les ménages vendent leurs biens sur des sites d'occasion pour finir le mois, tandis que les pharmacies manquent de médicaments courants et que les petites entreprises licencient faute de trésorerie.
L'économie iranienne vit une guerre économique dont l'armistice n'a pas encore été signé : comme le rappelle la presse locale, la stabilisation des prix durant le conflit n'était qu'une illusion, l'État ayant puisé dans ses réserves pour contenir la hausse. Aujourd'hui, ces réserves s'épuisent et les mécanismes de marché reprennent leurs droits, avec une violence que les observateurs comparent à une seconde phase de la crise. Pour les partenaires européens et les capitales francophones attentives à la stabilité du Moyen-Orient, cette dérive pose une question lancinante : jusqu'où la population peut-elle supporter l'effondrement de son pouvoir d'achat sans que le corps social ne se fracture ?
L'absence de perspective de réforme structurelle, couplée à la reprise des sanctions internationales, laisse présager une aggravation des tensions. Ce n'est plus seulement une crise économique, c'est une épreuve de résilience pour tout un pays, qui devra inventer de nouvelles solidarités ou sombrer dans la précarité généralisée.
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