
Cessez-le-feu en Ukraine : Moscou ignore l’initiative de Kiev et poursuit ses frappes
Kiev dénonce 1 820 violations par les forces russes quelques heures après l’entrée en vigueur de son « régime de silence ». Moscou prépare sa propre trêve pour le 9 mai.
La tentative de désescalade initiée par Kiev a tourné court. Dans la nuit du 5 au 6 mai, le président Volodymyr Zelensky avait décrété un « régime de silence » unilatéral, appelant la Russie à faire de même pour une durée indéterminée. Dès les premières heures, les forces russes ont poursuivi leurs offensives, tuant au moins une personne et en blessant trois autres dans les régions de Soumy et de Kharkiv. Un jardin d’enfants a été touché à Soumy, sans faire de victimes parmi les enfants. Kiev dénombre 108 drones et trois missiles lancés pendant la nuit, soit 1 820 actes hostiles répertoriés, selon le chef de l’État ukrainien. Le ministre des Affaires étrangères, Andriï Sybiha, a dénoncé un « rejet évident de la paix » par Moscou, soulignant que les appels russes à une trêve pour les célébrations du 9 mai n’avaient « rien à voir avec la diplomatie ».
Du côté russe, aucune réponse officielle n’a été apportée aux accusations ukrainiennes. Moscou avait pourtant annoncé, quelques jours plus tôt, un cessez-le-feu de son côté pour les 8 et 9 mai, à l’occasion du Jour de la Victoire. Mais cette proposition, formulée après un entretien téléphonique entre Vladimir Poutine et Donald Trump, ne coïncidait pas avec le calendrier ukrainien. Les deux parties ont agi en ordre dispersé, sans coordination ni mécanisme de vérification, laissant planer le soupçon d’une manœuvre de communication plutôt que d’une véritable volonté de trêve. Les frappes ukrainiennes n’ont pas non plus cessé : un drone a tué cinq personnes en Crimée annexée, tandis que Moscou affirme avoir intercepté 53 drones dans plusieurs régions.
En Europe occidentale, l’échec de cette initiative est perçu comme un nouveau signe de l’impossibilité d’un dialogue direct entre les belligérants. Les chancelleries francophones, de Paris à Bruxelles, observent avec inquiétude la perspective d’une escalade autour du 9 mai. Au Canada et en Afrique francophone, où les commémorations de la Seconde Guerre mondiale revêtent une importance symbolique, on redoute que Moscou instrumentalise la date pour lancer une offensive majeure. Zelensky a d’ailleurs laissé entendre que l’Ukraine agirait « en miroir », sans exclure des frappes pendant la parade militaire de Moscou.
Au-delà des déclarations, ce double cessez-le-feu manqué révèle la profonde asymétrie des objectifs : là où Kiev cherche à imposer une trêve humanitaire, Moscou privilégie une pause tactique à son avantage. Les analystes estiment que la fenêtre diplomatique se referme, chaque camp se préparant à une nouvelle phase de combats intensifs dès la fin des festivités russes. Le 9 mai pourrait ainsi devenir un catalyseur de violences plutôt qu’un jour de répit.
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