
Trois géants de l'art contemporain disparaissent : Baselitz, Garbuz, Ulrichs
Le monde de l'art contemporain vient de perdre en l'espace de quelques jours trois figures majeures, dont la plus éclatante, le peintre et sculpteur allemand Georg Baselitz, s'est éteinte à l'âge de quatre-vingt-huit ans. Sa mort, annoncée par les principaux médias germaniques, a suscité une onde de choc dans l'ensemble de la scène culturelle européenne, de Berlin à Paris, où il avait été élu à l'Académie des beaux-arts en 2019. Mais ce deuil multiple, qui emporte également l'Israélien Yair Garbuz et l'Allemand Timm Ulrichs, dessine le crépuscule d'une génération d'artistes qui ont fait de la provocation et de l'engagement les piliers de leur œuvre.
Né en 1938 dans la Saxe du IIIe Reich, puis formé en République démocratique allemande avant de fuir à l'Ouest, Baselitz a imposé une signature radicale : peindre ses motifs à l'envers, à commencer par un arbre renversé en 1969. Cette « inversion du regard », comme l'a souligné la presse helvétique, devint sa marque, tout en suscitant des décennies de débats outre-Rhin. La Süddeutsche Zeitung rappelle que son succès fut d'abord alimenté par une certaine jalousie envers Gerhard Richter, mais aussi par un scandale savamment entretenu autour de sa série des « Héros », dont la rudesse expressionniste dérangeait les élites européennes tout en trouvant un écho en Allemagne. En France, Le Figaro salue un colosse aux yeux bleus dont l'œuvre monumentale traverse six décennies, tandis que la Frankfurter Allgemeine Zeitung insiste sur sa manière de faire de la peinture un moyen de conjurer le passé.
Parallèlement, la disparition de Yair Garbuz, mort à quatre-vingts ans des suites d'un cancer, prive la scène israélienne d'un artiste polymorphe — peintre, écrivain, satiriste et militant de gauche. Ses collages mêlant portraits et textes, révélés dès sa première exposition en 1967, portaient l'influence du pop art américain, mais c'est sa parole publique, parfois incendiaire, qui fit de lui une figure clivante et incontournable, comme le rapporte la presse israélienne. Enfin, Timm Ulrichs, mort à quatre-vingt-six ans à Hanovre, incarnait quant à lui l'esprit de la Konzeptkunst allemande : provocateur, rigoureux et humoristique, il fut salué par le Kunstverein de Hanovre comme un pionnier qui « a porté l'art à la main des gens ». Ces trois destins, bien que divergents, partagent une même foi dans l'art comme geste de résistance et de subversion.
Que reste-t-il de cette génération qui a grandi sous les cendres de la guerre et les idéologies totalitaires ? Leurs œuvres, vendues pour des millions d'euros et dispersées dans les musées du monde entier, continueront à interroger les regards, mais c'est leur capacité à ne jamais transiger avec l'ordre établi qui marquera durablement l'histoire. La scène francophone, du Québec à l'Afrique, suit ce basculement avec attention, tandis que l'Allemagne pleure trois de ses enfants rebelles.
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