
Trump suspend son opération dans le détroit d’Ormuz, l’Iran mise sur Pékin
Le président américain renonce à forcer le détroit par les armes. Téhéran envoie son chef de la diplomatie à Pékin à la veille du sommet Trump-Xi.
Le retrait américain est aussi soudain que lourds de conséquences. Donald Trump a annoncé mardi la suspension de « Project Freedom », l’opération militaire destinée à rouvrir le détroit d’Ormuz, après seulement vingt-quatre heures d’engagement. Ce revirement, intervenu alors que le fragile cessez-le-feu avec l’Iran vacille déjà, coïncide avec l’arrivée à Pékin du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, pour sa première visite en Chine depuis le début du conflit, il y a soixante-huit jours. Un double signal qui redessine les équilibres diplomatiques à l’approche du sommet Trump-Xi, prévu les 14 et 15 mai dans la capitale chinoise.
À Washington, l’échec de l’option militaire traduit une impasse stratégique. L’administration républicaine, qui espérait contraindre Téhéran à la négociation en menaçant le trafic maritime, se heurte à la réalité d’un conflit coûteux et sans issue. Les experts américains s’accordent à dire que Trump cherche une issue honorable, mais que son agenda est désormais dicté par les circonstances. La suspension de l’opération, perçue comme un aveu de faiblesse, place en effet la Maison-Blanche en position de demande vis-à-vis de Pékin.
Pékín, de son côté, capitalise sur cette fenêtre diplomatique. Première partenaire commerciale de l’Iran, membre permanent du Conseil de sécurité et hôte du sommet à venir, la Chine dispose d’un levier unique pour peser sur les issues. L’entretien entre Araghchi et les responsables chinois n’a pas encore livré d’annonce publique, mais les analystes chinois soulignent que le moment est critique : si aucun accord préalable n’est conclu avant l’arrivée de Trump, Pékin pourra imposer son agenda lors des discussions bilatérales. Une perspective qui renforce l’inquiétude de Taïwan, où les autorités avertissent d’une possible manœuvre chinoise sur le statut de l’île en échange de concessions commerciales.
Du côté de l’Europe et des chancelleries francophones, l’attention se porte sur les équilibres économiques. La trêve commerciale fragile obtenue à Busan l’an dernier pourrait être consolidée, mais les mécanismes de pression économique que la Chine a développés contre Washington compliquent toute percée majeure. Les observateurs belges et canadiens rappellent que, même si le sommet ne produira pas de rupture, il permet au moins de stabiliser des relations au bord du précipice.
L’enjeu, désormais, est celui du tempo. Si Trump arrive à Pékin sans avoir sécurisé un retrait iranien acceptable, la Chine aura les mains libres pour proposer une médiation qui lui soit favorable. Mais la fenêtre est étroite : la crédibilité américaine est en jeu, et le risque d’un effondrement total du cessez-le-feu plane. Le monde observe si Pékin, forte de son double rôle d’allié de Téhéran et d’interlocuteur obligé de Washington, parviendra à transformer ce moment de faiblesse américaine en une véritable avancée pour la paix.
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