
Visa doré de Trump à 1 million de dollars : un seul bénéficiaire malgré l’annonce d’un engouement massif
L’emblématique « gold card » promise par Donald Trump pour attirer les grandes fortunes étrangères n’a pour l’heure séduit qu’une seule personne, a reconnu le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, lors d’une audition devant la Chambre des représentants. Lancé officiellement en décembre dernier, ce visa permanent d’un genre nouveau devait incarner la quintessence de la stratégie économique trumpiste : monétiser sans complexe l’accès au sol américain. Le chiffre, livré jeudi, contraste brutalement avec les déclarations triomphales de l’automne, quand le même Lutnick, flanqué du président, assurait avoir déjà « vendu » pour 1,3 milliard de dollars de ces précieux sésames en quelques jours. L’écart entre la promesse et la réalité est tel que les médias américains, de CBS News au magazine Forbes, parlent désormais ouvertement d’un flop.
Le dispositif était pourtant simple dans son principe. Moyennant un chèque d’au moins un million de dollars – ramené de cinq millions initialement évoqués par l’ancien promoteur immobilier – et des frais de dossier de 15 000 dollars, un étranger peut légalement vivre et travailler aux États-Unis sans craindre l’expulsion. Trump l’avait lui-même qualifié de « carte verte sous stéroïdes », censée évincer les catégories EB-1 et EB-2 réservées aux talents exceptionnels, ainsi que le programme EB-5 pour investisseurs. Le gouvernement insiste aujourd’hui sur la « vérification extrêmement minutieuse » menée par le département de la Sécurité intérieure pour justifier la lenteur des approbations, tandis que des centaines de dossiers resteraient en file d’attente. Nul n’a toutefois précisé ce qu’il est advenu des fameux 1,3 milliard.
À l’étranger, cette déconvenue suscite des lectures contrastées. La presse asiatique – du South China Morning Post de Hong Kong au quotidien économique indien Mint – y voit un signal de prudence envoyé aux grandes fortunes chinoises et indiennes, traditionnellement friandes de passeports occidentaux mais de plus en plus réticentes à s’exposer à un climat d’imprévisibilité géopolitique et à des contrôles jugés intrusifs. Les médias russes, Kommersant et Interfax en tête, soulignent le scepticisme tenace des élites moscovites à l’égard d’un programme perçu comme aléatoire dans un contexte de tensions persistantes. Au Proche-Orient, le journal Gulf News note une forme d’indifférence là où d’autres routes d’investissement, notamment européennes, offrent déjà des avantages comparables sans le fracas médiatique. Du côté de l’Europe francophone et du Canada, le fiasco naissant du visa doré américain résonne avec le propre débat sur la commercialisation des droits de séjour. Le Québec a longtemps profité de son programme d’immigration investisseurs, et plusieurs États européens – du Portugal à la France – ont durci ou suspendu leurs dispositifs de visas dorés après avoir constaté leurs effets pervers sur les marchés immobiliers et l’opacité des fonds. Dans ce paysage international, la proposition américaine semble cumuler les tares : trop chère, trop incertaine juridiquement et adossée à une rhétorique politique qui effraie autant qu’elle attire.
Reste à savoir si cette lenteur relève d’un simple péché de jeunesse ou d’une incohérence plus profonde. Les analystes américains rappellent que la création du programme par simple décret présidentiel, sans validation législative claire, expose les bénéficiaires potentiels à un risque de contestation juridique, voire d’annulation par une administration future. Pour les investisseurs francophones d’Afrique – une clientèle que les promoteurs du projet pouvaient espérer capter – stabilité et prévisibilité juridique restent des critères premiers. Le contraste entre la mise en scène ostentatoire d’un « produit » lucratif et la frilosité bureaucratique du traitement des dossiers pourrait, à terme, dissuader bien au-delà des seuls millionnaires russes ou chinois. La saga de la gold card illustre surtout la difficulté de transformer l’immigration de prestige en instrument de communication présidentielle sans en payer le prix de la crédibilité.
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