
200 milliards de dettes : le tournant budgétaire de Berlin suscite critiques et interrogations
Le gouvernement allemand a franchi ce mercredi un cap historique en adoptant les lignes directrices du budget 2027 et la planification financière jusqu’en 2030. Le volume de la nouvelle dette atteint 197 milliards d’euros pour la seule année 2027, un chiffre qui, cumulé aux emprunts des fonds spéciaux, porte l’endettement net prévu à près de 153 milliards d’euros en 2030. Cette rupture avec la rigueur budgétaire, pourtant promise par le chancelier Friedrich Merz, intervient dans un climat politique tendu, marqué par un échange verbal acerbe entre le chef du gouvernement et son vice-chancelier Lars Klingbeil. Merz a démenti avoir crié sur son ministre des Finances, mais a reconnu des « divergences d’opinion ». La presse allemande, unanime, y voit le symptôme d’une coalition qui peine à masquer ses fractures face à l’ampleur des défis économiques.
Ce budget de tous les records repose sur une double contrainte. D’un côté, l’explosion des dépenses militaires, qui doivent atteindre 3,7 % du PIB en 2030, faisant de l’Allemagne le quatrième budget de défense au monde. De l’autre, la nécessité de contenir la hausse des cotisations sociales, notamment dans l’assurance maladie, où le gouvernement a imposé un plan d’économies de 16 milliards d’euros. Les assurés les plus aisés verront leur plafond de cotisation relevé, tandis que les prestations – dépistage du cancer de la peau, remboursement de certains médicaments – seront réduites. Les observateurs suisses, dans la Neue Zürcher Zeitung, soulignent que l’Allemagne s’enfonce dans une spirale où la dette finance des dépenses courantes sans réforme structurelle. Les commentateurs italiens du Sole 24 Ore, eux, saluent l’effort de défense mais s’interrogent sur la soutenabilité d’un modèle qui mise tout sur les emprunts.
La santé financière de l’Allemagne inquiète au-delà de ses frontières. En Espagne, El Mundo évoque un « virage structurel » qui met sous pression l’État-providence. Les économistes allemands, eux, dénoncent des « tours de passe-passe » et un manque de courage politique. Car si la coalition justifie ces déficits par l’héritage de vingt années de sous-investissement, comme le rappelle Lars Klingbeil, aucun des grands chantiers – réforme des retraites, baisse de la bureaucratie, relance de la croissance – n’est véritablement engagé. À Bruxelles, où la règle des 3 % de déficit reste théorique, Berlin joue son rôle de moteur européen, mais au prix d’une crédibilité budgétaire entamée.
Reste à savoir si ce pari keynésien portera ses fruits. Les marchés financiers, pour l’instant, continuent de prêter à des taux acceptables, mais l’ombre d’une dégradation de la note souveraine plane. La coalition Merz-Klingbeil, engluée dans des querelles internes, a peut-être gagné du temps, mais elle n’a pas encore démontré qu’elle savait transformer l’argent frais en investissements productifs. Les prochains mois diront si ce budget historique annonce une renaissance ou une impasse.
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