
Argentine : la réforme de la loi sur les glaciers ouvre la voie à l’exploitation minière
Le gouvernement de Javier Milei a promulgué vendredi la loi 27.804, qui modifie en profondeur le régime de protection des glaciers et des environnements périglaciaires en vigueur depuis 2010. Publiée au Journal officiel par le décret 271/2026, cette réforme, adoptée de justesse au Congrès le 8 avril dernier, redéfinit les critères d’inventaire et d’évaluation environnementale en restreignant le champ des zones protégées à celles qui remplissent une fonction hydrique avérée. Surtout, elle transfère aux provinces argentines des compétences clés en matière de contrôle et d’autorisation d’activités, ouvrant la voie à des projets miniers jusqu’ici bloqués par l’interdiction fédérale d’exploration dans les zones glaciaires.
Ce faisant, Buenos Aires rompt avec l’esprit de la loi de 2010, qui faisait des glaciers des « réserves stratégiques de ressources hydriques » soumises à une protection stricte. Désormais, l’interprétation de la norme s’appuie sur l’article 124 de la Constitution, qui reconnaît le domaine originaire des provinces sur leurs ressources naturelles. Les partisans de la réforme, parmi lesquels des gouvernements provinciaux andins et des entreprises minières, y voient une opportunité de débloquer des investissements dans le cuivre et le lithium, minéraux essentiels à la transition énergétique mondiale.
Dans les capitales européennes, la décision suscite des inquiétudes. À Paris et à Bruxelles, où l’on suit de près la politique environnementale du cône Sud, on redoute que l’affaiblissement des garanties fédérales n’encourage des pratiques extractives nocives pour les écosystèmes de haute altitude, dont dépendent des millions de personnes pour l’eau potable. Les ONG francophones, en Suisse comme au Québec, rappellent que les Andes abritent des glaciers tropicaux uniques au monde, et que leur dégradation accélérée aurait des conséquences irréversibles sur le cycle hydrologique régional. Au Canada, où la province de Québec a récemment renforcé sa protection des milieux humides, le précédent argentin est perçu comme un recul inquiétant du principe de précaution.
Sur le continent africain, des observateurs du droit de l’environnement notent que cette réforme pourrait servir de modèle à d’autres États qui, comme la République démocratique du Congo, cherchent à concilier exploitation minière et souveraineté locale sur les ressources. Toutefois, l’absence d’une autorité centrale de contrôle risque de fragmenter davantage les politiques de conservation. Dans les mois à venir, les regards se tourneront vers les contentieux à venir devant la Cour suprême argentine, où des coalitions écologistes et des communautés autochtones entendent contester la constitutionnalité de la loi. Le pari de Milei est clair : stimuler l’économie minière au risque de sacrifier des écosystèmes irremplaçables, un arbitrage que l’Amérique latine et l’Europe observeront de près.
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