
Asghar Farhadi à Cannes : la double dénonciation qui bouscule le consensus iranien
Le cinéaste oscarisé condamne aussi bien les frappes américano-israéliennes que la répression des manifestations, tout en présentant un film français mal accueilli.
En marge de la présentation de son nouveau long-métrage « Dastan-haye Movazi » (Histoires parallèles) au Festival de Cannes, le réalisateur iranien Asghar Farhadi a brisé un silence qui durait depuis les derniers soubresauts de son pays. Devant la presse internationale, il a dénoncé avec une rare fermeté deux « événements tragiques » de l’année écoulée : les frappes américano-israéliennes contre l’Iran et la répression meurtrière des manifestations de décembre 2024. « Tuer un être humain est un crime, que ce soit en temps de guerre, par exécution ou dans une protestation », a-t-il déclaré, refusant de hiérarchiser les violences. Une position équidistante qui, dans le contexte iranien, constitue une provolution politique majeure pour un artiste longtemps resté prudent.
Ce double réquisitoire intervient alors que son nouveau film, tourné en français avec un casting prestigieux (Isabelle Huppert, Vincent Cassel), suscite une réception critique particulièrement polarisée. La presse iranienne, via des organes comme Hamshahri Online, s’est empressée de souligner les notes catastrophiques obtenues — une moyenne de 1,7 sur 5 — tandis que certains critiques francophones, notamment de la revue Positif, saluent une œuvre sincère. Farhadi lui-même a justifié ce virage esthétique par une évolution personnelle : « J’ai changé en vieillissant, ce qui m’a permis de travailler plus librement. » Cette liberté nouvelle transparaît dans ses prises de position publiques, alors qu’il vit en exil depuis 2023.
La réaction des différentes sphères médiatiques révèle les fractures idéologiques autour de son propos. En Iran, les médias officiels minimisent la portée de ses déclarations, tandis que les chaînes d’opposition en exil, comme Radio Farda, en font leur une. En Europe et en Amérique du Nord, l’accent est mis sur sa condamnation de la répression interne, souvent occultée par les chancelleries occidentales soucieuses de ne pas fragiliser les négociations nucléaires. La dimension francophone du film ajoute une couche supplémentaire : le Canada et la Belgique, terres d’accueil d’une large diaspora iranienne, suivent de près les prises de position de Farhadi, figure tutélaire d’un cinéma d’auteur dissident.
Plus qu’un simple fait divers cannois, cette séquence illustre l’évolution d’un artiste qui refuse désormais de choisir entre la condamnation des ingérences étrangères et celle de l’autoritarisme intérieur. En reliant les deux tragédies dans un même geste de dénonciation, Farhadi dessine les contours d’une position morale intenable pour le régime comme pour ses adversaires : celle d’un humanisme universaliste qui ne plie ni devant la realpolitik ni devant l’opportunisme idéologique. Reste à savoir si ce courage lui coûtera le droit de tourner en Iran ou s’il renforcera son statut de conscience exilée, à l’image des grands dissidents du monde arabe.
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse atlantique / anglosphère | 0.00 | neutral |
| Presse latino-américaine | +0.20 | neutral |
Le réalisateur a condamné à la fois les morts civiles causées par les frappes américaines et israéliennes et la répression violente des manifestants par le régime. Le compte rendu garde un ton neutre et factuel, se contentant de rapporter ses déclarations sans éditorialiser.
Farhadi a marché sur une ligne de crête, condamnant aussi bien les civils tués dans les attaques étrangères que le massacre de manifestants par la République islamique. La couverture souligne l'équilibre précaire qu'il a dû maintenir, mettant en avant la délicatesse de sa position.
Farhadi a appelé à la même empathie pour tous les morts en Iran, qu'ils aient péri dans la guerre ou dans la répression des manifestations. Le récit se concentre sur l'appel humanitaire, présentant ses paroles comme un appel universel à la compassion plutôt que comme une condamnation politique.
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