
Modène : la folie meurtrière d'un solitaire ravive les fractures politiques italiennes
Huit blessés dont quatre graves après qu'un Italien d'origine marocaine a foncé dans la foule. Enquête psychiatrique, querelles politiques et hommage aux héros citoyens.
Le centre historique de Modène a basculé dans l'horreur samedi après-midi lorsqu'une Citroën C3, lancée à plus de cent kilomètres-heure, a fauché une quinzaine de passants en terrasse et sur le trottoir de la via Emilia. Le bilan provisoire fait état de huit blessés, dont quatre dans un état critique. Deux femmes, une touriste allemande de 69 ans et une Polonaise de 53 ans, ont subi l'amputation des deux membres inférieurs ; une Italienne de 55 ans lutte toujours pour sa vie à l'hôpital Maggiore de Bologne. Le conducteur, Salim El Koudri, trente et un ans, né à Bergame de parents marocains et résidant à Ravarino, a été maîtrisé par des passants avant d'être interpellé. Parmi ceux qui l'ont immobilisé figurent Luca Signorelli, un Italien de 46 ans blessé à la tête au cours de la lutte, et deux ressortissants égyptiens, père et fils, Osama et Mohammed Shalaby. Ce dernier, présent en Italie depuis trente ans sans avoir obtenu la citoyenneté, a déclaré n'avoir eu « peur que de Dieu » et espéré que son geste faciliterait l'obtention d'un logement social. Un officier de l'armée en repos, muni d'un garrot, a pu tamponner l'hémorragie de la femme amputée avant l'arrivée des secours.
La visite conjointe du président de la République Sergio Mattarella et de la présidente du Conseil Giorgia Meloni aux blessés, dimanche, a revêtu une solennité particulière. Meloni, qui devait se rendre à Chypre pour un sommet bilatéral, a annulé son déplacement pour se joindre au chef de l'État. Dans les couloirs de l'hôpital de Baggiovara, le couple institutionnel a remercié les soignants et embrassé Luca Signorelli, qualifié de « héros » par le ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani. Mais ce moment d'unité nationale n'a pas empêché les divergences politiques d'éclater. Dès le soir de l'attaque, Matteo Salvini, chef de la Ligue, a réclamé la révocation du permis de séjour pour les étrangers commettant des délits graves, promettant une proposition de loi déjà déposée. Tajani a immédiatement rappelé que l'agresseur était italien, excluant toute mesure d'expulsion. Le ministre de l'Intérieur, Matteo Piantedosi, a lui-même insisté sur le caractère psychiatrique de l'acte, coupant court aux accusations de terrorisme.
Les enquêtes confirment en effet l'absence de radicalisation. Le parquet de Modène, après avoir saisi les téléphones et ordinateurs du suspect, n'a trouvé aucun lien avec des groupes djihadistes. Les investigations se concentrent sur un lourd parcours de soins psychiatriques : suivi pour « trouble schizoïde de la personnalité » jusqu'en 2024 au Centre de santé mentale de Castelfranco Emilia, le jeune homme diplômé en économie et sans emploi vivait reclus, obsédé par son échec professionnel. Ses parents l'ont décrit comme « toujours contre le système ». Les autorités locales de Ravarino, où il résidait, n'avaient relevé aucun signe de violence. « Il menait une vie comme tant d'autres », a déclaré la maire, Maurizia Rebecchi. Le silence obstiné de Salim El Koudri — « je suis confus, je ne réponds pas » a-t-il opposé aux magistrats — laisse planer le mystère sur ses motivations exactes.
Dans les rues de Modène, la réponse citoyenne a pris une dimension politique inattendue. Dimanche soir, plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la Piazza Grande à l'appel du maire Massimo Mezzetti pour « s'unir contre ceux qui veulent diviser et semer la haine ». Un message adressé à l'extrême droite, tentée d'exploiter l'origine maghrébine de l'auteur. La présence des deux Égyptiens parmi les « héros du bitume » a été saluée comme un rempart contre les généralisations. Ce contraste entre la détresse individuelle d'un homme livré à lui-même et les fractures collectives qu'elle révèle pose la question de la prise en charge des troubles mentaux en Italie. L'isolement croissant des jeunes adultes, la porosité entre souffrance psychique et passage à l'acte violent, et la tentation de la récupération politique sont autant de leçons que ce drame de la via Emilia impose au débat public.
| Presse européenne continentale | 0.00 | neutral |
|---|---|---|
| Presse russe et CEI | −0.30 | critical |
Une voiture a percuté une foule à Modène, faisant sept blessés dont deux graves. Le conducteur, un Italien de 31 ans, a ensuite poignardé un passant qui tentait de l'arrêter, avant d'être maîtrisé par des passants et arrêté. Les autorités locales appellent à la prudence, qualifiant l'incident de 'tragique' mais sans confirmer une piste terroriste.
À Modène, une voiture a percuté une foule, blessant plusieurs personnes. Le conducteur, un Italien de 31 ans d'origine marocaine/tunisienne, a tenté de s'enfuir en poignardant un passant. L'incident soulève des questions sur la sécurité et les antécédents de l'auteur, bien que les motivations restent floues.
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